Violence faite aux enfants : la Guinée tourne en rond !

Enfant en larmes – Crédit photo : Ndarinfo

Ce  1er  juin 2014, comme les vingt-trois dernières années, marque le début du mois de l’enfant guinéen. Depuis 1990, la Guinée dédie le mois de juin à ses enfants. L’occasion pour les défenseurs des droits de l’enfant d’encourager les citoyens à respecter les droits de cette couche vulnérable de la société. Mais vingt-quatre ans après la première célébration, les enfants guinéens ne sont toujours pas protégés de cette pratique qui se transmet, semble-t-il, de génération en génération. La Guinée tourne en rond.  En Guinée, maltraiter un enfant fait partie de son éducation. 

 Il y a quelques jours, j’étais en compagnie d’un ami. Nous nous promenions dans un quartier populaire de la banlieue de Conakry. Il était peu après 19 heures, heure locale. Non loin d’une villa, nous entendions une fillette hurler de douleur. Elle pleurait avec sa dernière énergie, sans que  personne ne lui vienne en aide. Ses cris se succédaient les uns après les autres. Entre eux, les bruits du fouet qui servait à la torturer résonnaient à plusieurs mètres à la ronde. Mon ami et moi cherchions à comprendre ce qui se passait, et ce qui se pavanait dans la tête de cette femme enragée déversant sa colère sur la petite. Elle avait laissé s’évaporer la pitié que l’on attribue à la gent féminine souvent sans en douter même une seconde. Ainsi, nous nous dirigions vers les pleurs. Étonnement, nous trouvâmes que la tortionnaire ne vivait pas seule dans la fameuse villa, malgré l’inertie de ses  colocataires à l’endroit de la pauvre fille, qui appelait corps et âme aux secours. Près du portail, on croisa une jeune femme qui  nous a fait savoir que la fille en pleure était corrigée par sa sœur, sa tutelle ; celle qui a l’autorité de décider tout ce qui concerne l’enfant. Donc, pas d’immixtions externes dans les affaires de la famille. Déception et colère m’envahirent. Pour éviter d’entrer en conflit avec une personne que nous n’avons jamais connue jusqu’ici, nous décidâmes de quitter le lieu, laissant la petite fille en larmes même si les coups avaient cessé. Sa sœur ayant fini d’administrer ses supplices.

 Malheureusement en Guinée, lorsque c’est le père, la mère, une sœur ou toute autre personne de la famille qui se transforme en bourreau de l’enfant, ça devient une pratique banale. Normale, diront d’autres. La violence contre les enfants se fait le plus souvent au sein de la même famille : c’est un couple qui n’arrive pas à faire d’enfant qui sollicite un enfant auprès d’un parent ou bien un oncle qui décide d’envoyer un neveu auprès de lui en ville pour « poursuivre ses études ou apprendre un métier ».

Un couple stérile décide d’adopter un enfant – une fille de préférence – qu’il s’engage à traiter comme son enfant biologique. Si certains honorent leur engagement, d’autres par contre se transforment très vite en bourreau de l’enfant. Si financièrement la famille s’en sort mieux, la petite fille devient alors la bonne. Celle qui nettoie désormais la maison, les WC, lave les habits, parcourt de longues distances à la recherche d’eau. Tant pis si elle a des problèmes de santé. Tant qu’elle peut se lever, elle aidera sa tante dans ses travaux ménagers. Elle devient voleuse, menteuse… vagabonde. Celle qu’il faut « corriger » tout le temps. Si la famille vit sous le seuil de la pauvreté, la petite devra travailler pour apporter un peu de sous. Elle devient une marchande ambulante, traînant avec un plateau de fruits sur la tête ou un panier rempli d’eau glacée le long des grandes artères de la ville. Gare à la pauvre de faire perdre la marchandise.

Un oncle se rend au village et constate que son frère a un gosse qui est en âge d’aller à l’école, mais faute d’infrastructures dans le bourg, le gamin se livre à la chasse aux écureuils après ses travaux domestiques. Interpellé par son frère, il accepte de repartir en ville avec « Mamadou ». Il est convenu que le petit prendra le chemin de l’école dès leur arrivée à… Conakry. Mais dans d’autres cas quand il débarquera, le petit verra le contraire se produire, il sera vendeur à la sauvette pour participer à combler les trous financiers de la famille, mécanicien… au pire coxeur. Mais ce qui lui fera du mal ce n’est pas le fait qu’il ne soit pas allé à l’école. Au contraire, les sévices de « tantie », la femme de son oncle. Pendant que ses cousins – s’il en a – se préparent  à aller à l’école, le jeune Mamadou aide tantie dans ses travaux ménagers : il doit faire quasiment tout. Plus souvent, sans que l’oncle – qui lui a trouvé un plan B – ne soit au courant de sa situation puisqu’il sort à l’aube pour rejoindre son lieu de travail et rentre tardivement le soir.

Par ailleurs, des enfants subissent de mauvais traitements sous leurs parents biologiques. Jusqu’à un passé récent, je croyais que toutes les mères sont comme celle que Section d’assaut nous a présentée dans son titre Avant qu’elle ne parte : « même quand tout le monde est contre toi, elle reste ta meilleure amie ». Je pensais qu’une femme pouvait être méchante envers tout le monde dans ce bas monde sauf envers son enfant. Hélas. A côté des bonnes femmes, il y a les mauvaises. En 2013, j’apprenais sur les ondes d’une radio locale qu’une femme avait versé de l’eau bouillante sur sa fille. Prétexte invoqué, selon des témoins, l’enfant aurait fait perdre 200 GNF lors d’une transaction d’échange monétaire. Il y a quelques mois, Sally Bilaly Sow m’a montré des photos du dos déchiré, par des chaînes, d’un adolescent dans la région de Labé. Son bourreau n’était autre que son propre papa.

La dernière catégorie de personnes qui maltraitent les enfants, c’est le donneur du savoir : l’enseignant et le chef d’atelier (menuiserie, soudure…) ou de garage. Entre l’enseignant et l’élève, entre le maître menuisier, le chauffeur et l’apprenti, c’est la victime face à son bourreau. A l’école, les bêtises commises sont corrigées par le fouet, peu importe le cycle. Je me rappelle d’un chauffeur de camion qui s’était venté d’avoir descendu une partie du véhicule sur les mains de son apprenti qui refusait de reconnaître le vol dont il était le principal suspect.

En dépit de la mise en place du ministère en charge de la Promotion féminine et de l’Enfance, la violence faite aux enfants persiste. Certainement à cause de l’indifférence collective sur le sujet, mais aussi la non-application des conventions internationales relatives à la protection des enfants dont la Guinée est signataire.

Par cireass 

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cireass
Je suis Guinéen de nationalité et citoyen du monde. Je suis passionné de lecture, d'écriture et de NTIC. Welcome everybody !

Une réflexion au sujet de « Violence faite aux enfants : la Guinée tourne en rond ! »

  1. Tu sais Thierno, après avoir lu et relu ce billet, je suis resté come toujours triste devant tant de méchancété. Oui toutes les mères, malheureusement, maltraitent leurs enfants. Il y a quelques mois, j’ai couvert une affaire au Cameroun où une maman avait contribué au suicide de son fils. Je te mentirai si je te disais que j’ai écrit cet article sans peine. J’ai même failli ne pas écrire. Je ne comprenais pas comment une femme, toute maman, pouvait maltraiter son enfant. Tu vois que même au Cameroun, les choses sont pareilles. Les chasons de Sexion d’Assaut et Patience Dabany ne reflètent pas toujours la réalité! Beau billet Thierno. Tu dénonces et je sais que les mamans écoutent!

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