Vie conjugale : l’enfant, ça passe ou ça casse

Qui n’aimerait pas serrer son propre enfant dans ses bras  d’un jour à l’autre ? En tout cas ce ne sera pas moi, à partir du moment où Dieu me le permettra.

Néanmoins, l’envie irrésistible d’avoir d’enfant peut parfois assassiner l’amour, et mettre le feu dans le foyer de certaines personnes, lorsque les prières ne sont pas exaucées à temps.

Arrivant à résoudre logiquement ses problèmes financiers, Oumar décida de changer son statut matrimonial. Son choix tomba  sur Binta. Une belle demoiselle qui n’était pas la Miss Guinée, mais qui pourrait cependant aller loin si elle décidait d’y participer à la compétition. Ainsi, les sages se réunirent pour lever les barrières qui rendaient illégale leur vie commune. Monsieur Oumar et Mademoiselle Binta se sont dit « OUI pour le reste de leur vie », ils devinrent respectivement au terme de la cérémonie Mr et Mme Sow. Leur nouvelle vie commença bien. Mais les jours se suivirent et se ressemblèrent, des années sont passées depuis qu’ils vivent ensemble, mais aucun enfant ne frappa encore à leur porte. Ce qui commença à faire monter les tensions dans le foyer. Leur vivre ensemble devint de plus en plus difficile.  

Généralement, c’est seule l’arrivée d’un enfant qui peut contribuer à la stabilisation des rapports conjugaux ; Mr et Mme Sow en sont conscients de cette réalité guinéenne, les consultations médicales se multiplièrent, y compris chez les  médecins «tradi-praticiens» ou les marabouts. Les résultats sont toutefois négatifs : elle n’arrive  toujours pas à mettre un enfant au monde, il tarde plus que jamais à venir. Au même moment sa belle-mère séjourna auprès de son fils, un séjour qui précipitera le divorce. Cette mère exprima clairement sa position : il est totalement inacceptable que son fils partage sa vie avec « une femme stérile ». Car pour elle, « exister, c’est avant tout pouvoir se reproduire ».

Oumar ne résista pas aux pressions de sa maman. Il se sépara ainsi de celle qu’il avait choisie « pour tout le reste de sa vie », et se remaria à une autre fille.

Crédit photo : DR

Femme enceinte via Google Images

Des telles histoires, ce sont des milliers de personnes qui en ont connu. Que ce soit dans les conversations entre amis ou les scénarios interprétés dans le cinéma, localement appelé Péssê, le phénomène se retrouve partout.

Un ami m’a dit un jour que l’amour n’existe pas ; à l’époque le débat a été très intense, parce que je me suis fondé sur mes croyances pour le démentir. Mais aujourd’hui si je me base sur certains faits de société dont je suis témoin, je ne pourrais rien d’autres  si ce n’est que soutenir ses arguments avancés.

Mais pourquoi la stérilité reste-t-elle un problème à ne pas négliger au sein de la société guinéenne ?

À l’instar de la plupart des  sociétés africaines, celle de la Guinée se focalise beaucoup sur la procréation lorsqu’il s’agit d’une union entre un homme et une femme. En effet, pour poursuivre l’«aventure», il faut absolument que les deux amoureux arrivent à mettre un enfant au monde, au plus tard  dans les deux années qui vont suivre leur mariage.  Sinon, cela marque l’arrêt de mort de leur relation sentimentale. Ici, la collision entre amour et enfanter est frontale…

 Mais pourquoi n’arrivent-ils pas à se reproduire ?

Si les uns disent que le problème se trouve dans les organes de reproductions, donc un problème qui nécessite des traitements, les autres par contre pointent un doigt accusateur sur les diables qui, selon eux, vouent à l’échec les grosses. Des allégations qui restent très difficiles à vérifier. Tout ce qui est sûr, c’est que les gens se disant guérisseurs ont envahi Conakry et les autres contrées du pays. À en croire à leurs dires, ils peuvent chasser les diables responsables de ce « blocage » de corps des femmes. Ils avancent que ces êtres surnaturels logent dans les corps des femmes, en quête de bébé dans le but d’accomplir leur forfaiture. Les plus chanceuses d’entre elles finissent par trouver des solutions à leur problème. Les autres subissent un véritable calvaire et une discrimination sociale qui va jusqu’à leur valoir d’être accusée de sorcellerie.

Si c’est l’homme qui est victime de la malédiction (la stérilité), cela signifie qu’il est condamné aux innombrables mariages. Puisque le plus souvent les femmes qui viendront ne tendront pas à y retourner.

Alors, pourquoi dire à une personne qu’on l’aime quand on sait que si l’objectifs visé – faire des enfants – n’est pas atteint l’amour va vite se transformer en haine ?

* Les noms cités dans ce billet ont été changés.

Par cireass
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cireass
Je suis Guinéen de nationalité et citoyen du monde. Je suis passionné de lecture, d'écriture et de NTIC. Welcome everybody !

2 réflexions au sujet de « Vie conjugale : l’enfant, ça passe ou ça casse »

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