Tout ce que je sais, c’est que je suis Guinéen !

Crédit photo : kibarou.net 

  Fin décembre 2012. Ce soir-là encore  je surfai sur mes sites préférés, notamment Twitter. Sur ce micro-blogging, je vois le titre d’un article présenté A la une d’un site d’«information» guinéen. Le titre de l’article en question ressemble  à une révélation sensationnelle sur le déroulement  des élections présidentielles de 2010. Révélation? Cela peut incontestablement attirer  mon attention. Etant curieux, je revisite ce site que j’avais cessé de lire depuis un certain temps. Mais, après l’exploration dudit article et surtout la lecture des commentaires qui s’en sont suivis, je réalise qu’il est loin d’être révélateur. Il est purement  ethno-stratégique ; comme on a toujours connu dans ce pays. Ethno-stratégie? Voilà pourquoi je me méfie de certains « sites d’informations »  en ligne, puisque ses rédacteurs sont loin de respecter, voire maîtriser le code de déontologie soumis aux professionnels de médias. Ils prennent leurs pensées pour des vérités. Quelle fausse analyse !

Face à la montée en puissance du repli identitaire en Guinée, en tan que jeune, je dis : tout ce que je sais, c’est que je suis Guinéen !

 Je remercie  mon papa  de  m’avoir  envoyé à l’école pour que je puisse résister aux allégations mensongères que nos « intellectuels » nous soumettent. J’ai accepté d’étudier pour apprendre  comment  me comporter, réfléchir, savoir ce qu’il faut dire en public… et  d’éviter les propos ou actes pouvant diviser le peuple de Guinée. Tant qu’une goutte de sang coulera dans mes veines, je ne ferai jamais l’apologie du racisme, de l’ethnocentrisme, du régionalisme, etc. Si sans ceux-là, je ne pourrais pas vivre que je meure maintenant.

L’ethnocentrisme est un secret de polichinelle en Guinée. Je ne vous demande pas de me  croire: faites juste un tour sur les forums de discussions sur internet, écoutez les débats « politiques » ou  les émissions interactives… Vous allez comprendre de quoi je parle. Mais à mon avis, ceux qui croient à l’éternelle efficacité du « diviser pour mieux régner » se trompent. Au XXIème siècle, on n’a pas besoin de l’ethno-stratégie pour conquérir l’électorat. L’important pour la population, c’est de s’unir autours des voies et moyens pouvant conduire au bien être des filles et fils de Guinée. Aujourd’hui, je le dis sans équivoque : « je suis nostalgique de la présidence de Lansana Conté ». Pourquoi ? La raison est simple. En 2007, lors du grand soulèvement populaire même le Général-Président,  qui était pourtant très affaibli n’a à aucun moment accusé une communauté de vouloir à son régime. De nos jours, suivez les médias d’Etat au soir d’une manifestation de rue.    A l’époque les jeunes, les femmes et les hommes originaires ou vivants dans les quatre coins du pays  étaient tous unis derrière le même but : le développement de la Guinée. Dans les rues, tout le monde scandait : « Vive le changement ! A bas la dictature ! ». A ce moment, c’était les Soussous, Peuls, Malinkés, Bagas, Mikhiforès, Landoumas, Guerzés, Kissis, Tomas, Djalonkés, j’en passe qui constituaient la population guinéenne.

Il y a eu le génocide  au Rwanda, parce que la Radio Mille Collines a œuvré pour l’instauration de la haine entre Hutus et Tutsis ; il y a eu la guerre au Liberia, parce que des milliers d’enfants ont été abandonnés dans les rues ; je ne le souhaite pas chez nous mais en cas de problème, nous en serons tous responsables, car nous refusons de faire de la diversité ethnique un atout. Nous laissons tout aller. Ceux qui crient : « La Guinée est une famille » sont ceux qui tuent notre vivre ensemble. Ne pas être issu d’une même famille n’est pas aussi synonyme de fatalité. En réalité, c’est lorsqu’ils finissent de poser leurs jalons divisionnistes qu’ils nous vocifèrent cette phrase. Tant que nous disons cela ce que nous ne sommes pas encore unis, dans le cas contraire ce mensonge sera dans les poubelles. Je croyais que l’analphabétisme de la majorité de Guinéens était à l’origine de tous nos problèmes, mais après des longues réflexions, je constate que la manipulation des consciences des analphabètes par les pseudo-intellectuels en est la vraie source.

A qui profite le communautarisme ? Nous le savons tous : les politiciens qui n’ont rien à dire et rien à proposer  passent par la division pour avoir une place au sein des instances dirigeantes. Eh oui, si nous les suivons aveuglement l’histoire nous condamnera.  Soyons responsables de ce que nous faisons ! C’est Dieu qui nous a imposé les communautés des quelles nous sommes issus, donc l’instrumentaliser va à l’encontre de la volonté divine.

Parmi les accusés dans l’affaire de l’attaque du 19 juillet 2011 contre le domicile du Président de la République,  une est poursuivie pour racisme et ethnocentrisme. Une nouvelle qui aurait dû être un ouf de soulagement pour tous  ceux qui voient d’un mauvais œil l’ethno-stratégie. Mais malheureusement, la justice est en train de donner raison à ceux qui disent qu’elle est partiale. Sinon cette dame aurait due être la troisième, quatrième… à être poursuivie pour des propos discriminatoires. En 2011 quand le générale Facinet Touré a demandé aux peuls de se contenter de leur leadership économique, où était la justice ? Pas longtemps qu’au début de la semaine qui s’en va  lors de la marche de l’opposition, intervenant sur les ondes d’une radio privée de la place, un responsable de la communication du parti au pouvoir a  tenu des propos qui font tout sauf favoriser l’unité nationale .

Qu’attend-elle pour faire son boulot ?   A ceux qui affirment que la Guinée n’a pas connu la guerre, donc la réconciliation n’a pas lieu d’être, détrompez-vous. Actuellement le tissu social est fragilisé par nos politiciens opportunistes.

Etant le poumon de toute société, la jeunesse doit se tracer le chemin à suivre. Croyez-moi, si nous jouions notre rôle la galère qui s’abat sur nous aurait été évitée.  Réfléchissons avant d’agir. L’intérêt de notre chère Guinée doit être la vitrine du citoyen guinéen. Je pense qu’il y a un bon exemple à suivre tout près de nous : le Sénégal.  Les jeunes de ce pays connaissent ce qu’ils cherchent. Là-bas tout le monde n’est pas politicien contrairement à chez nous. Ceux qui s’engagent dans la politique le font pour défendre  les intérêts  de leur nation.

Et nous, entre le développement et le communautarisme ponctué de tous les dangers, qu’avons-nous choisi de privilégier ?
Guinéennes et Guinéens, je vous aime. Vive l’unité dans la diversité !

Par cireass
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cireass
Je suis Guinéen de nationalité et citoyen du monde. Je suis passionné de lecture, d'écriture et de NTIC. Welcome everybody !

17 réflexions au sujet de « Tout ce que je sais, c’est que je suis Guinéen ! »

  1. le problème est qu’il y a une grande confusion entre le communitarisme et le racisme (ou tribalisme). le communitarisme n’est pas un mal en soi…

    http://www.lepoint.fr/actualites-chroniques/2007-06-28/charles-taylor-le-pape-du-communautarisme/989/0/190147

    Il n’y a pas non plus de mal à ce que la jeunesse d’un pays soit « politicienne », au contraire, une jeunesse complètement indifferente serait un danger plus grave… tout depend de comment les discours sont utilisés…

    courage…

    1. Les contextes ne sont pas les mêmes. Ici à partir du nom de l’individu, tu peux connaitre pour qui il roule. Sinon j’apprécie beaucoup une jeunesse qui s’engage pour le développement de son pays. Ce que je déplore, c’est la politique « diviser pour mieux régner ».

  2. j’ai bien compris ce que tu voulais dire… et monpays aussi passe par les mêmes problèmes, seulement j’aime mieu garder à l’esprit certaines nuances… la France aussi fait son débat sur le communautarisme, non?
    salut…

  3. Après une lecture plus réfléchie, je ne peux pas résister a l’envie de retourner sur le blog, rien que pour te dire que, ta réflexion est si profonde, qu’elle m’a touche jusqu’aux os. Pour une nouvelle fois mon frère, tu as bien épousé ma curiosité de lecteur. Bravo, bon courage et surtout bonne continuité.

  4. Cher frère Guinéen Thierno, j’aime un discours pareil et qu’il soit pratique dans nos coeurs. Je souhaiterai que chaque Guinéen regarde l’autre Guinéen en tant que Guinéen tout court. Malheureusement, le pouvoir et l’opposition en encouragent. La jeunesse s’en laisse emportée. Il y a plein d’exemples dans les discours. Bravo!

  5. Felicitation!!! D.y penser a cela c tr3 important mn cher ami. Consernan le blog u es tr3 mure ladans m1na. Du couraj

  6. Bravo ! Double bravo pour ce billet tres fort ! Les maux sont les memes que l’ont soit au Cameroun ou en Guinee. Le tribalisme, le nepotisme ne finissent pas de gangrener nos societes. Sans unite, comment est il possible de se developper ?

  7. Et moi qui pensais que c’était le fort des politiques, togolais, de diviser pour régner. Tu sais, c’est face aux analyses comme les tiennes que je remercie le Seigneur de savoir lire écrire, compter et penser. Mais tu sais ce qui m’afflige? C’est que ce sont exactement des « intellectuels », plus avérés que nous qui alimentent cette haine entre ethnie. C’est un cercle vicieux. Nous autres, génération actuelle, devons fortement nous impliquer, pour arrêter de voir les autres comme des sauvages…
    Cool, le billet.

  8. salu
    je suis guineen comme toi, mai je pense que le communitarisme est necessaire pour conserver les belles valeurs culturelles de notre pays. mai le fait de diviser ces communites a des fins politiques est le vrai problemes de notre pays. et le pouvoir et l opposition sont a blames de ce fait. le pouvoir l utilise pour extremiser la population et creer deux camps distincts. l opposition l utilise en y accordant de l importance, en jouant les victimes en mettant une partie de la pauvre population en 1er ligne contre toute decision de l executif, ce qui risque de creer une population ingouvernable pour n importe quelle future gouvernement.
    comme tu l as dis thierno le dialogue politique guineen est contre productif donc la seule maniere de se faire entendre est de crier plus fort que l adversaire le plus souvent sans veritable argument.
    le devellopement de la guinee selon moi doit passer par l education de la population a long terme. mai pour l instant il faut que les guineens aretent de penser que les politiciens soient la response a tous leurs problemes. tu n entend que changement dans la bouche des guineens, ON VEUT LE CHANGEMENT, changer le pays ou le paysage politique ( pas forcement changemet) ?
    en voyant la guinee la phrase NE TE DEMANDE PAS CE QUE TON PAYS PEUT FAIRE POUR TOI MAI PLUTOT CE QUE TU PEUX FAIRE POUR TON PAYS na jamais ete plus sense.
    selon mon humble avis ce qu il faut en guinee c est un changement de mentalite. dis moi ce que t en pense Thierno

  9. D’abord, je te remercie pour cette belle intervention.
    Je suis entièrement d’accord avec toi. Je t’assure si certains de nos politiciens n’avaient pas fait recours à l’ethno-stratégie pour arriver à leurs fins, je n’allais jamais aborder un sujet politique sur ce blog.
    La diversité ethnique en tant que telle est un grand atout pour le développement de notre pays, puisque nous savons que chaque communauté a ses valeurs culturelles qui sont d’ailleurs très riches. Lorsqu’elles sont très bien exploitées donnent une bonne image de la Guinée, notamment dans le domaine du tourisme.
    À mon avis, nous les citoyens nous pouvons combattre ce phénomène à notre manière en s’aimant comme une seule communauté.
    Vive la Guinée unie dans la diversité !

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