Massacre du 28 septembre 2009 : quatre ans après, les victimes réclament justice

Crédit photo: hrw.org 

Ce  28  septembre  2013  est  une   journée  au cours de  laquelle joie  et tristesse se  cotoient en Guinée. D’une part, les électeurs se rendent aux urnes pour élire leurs 114 représentants à l’Assemblée nationale. Ce moment était attendu  depuis  près  de trois ans. Et de l’autre, les victimes des douloureux événements du 28 septembre 2009 se souviennent encore de l’une des journées les plus dramatiques de notre  histoire.   En effet, il y a quatre ans jour pour jour une manifestation pacifique organisée par les Forces Vives de la Nation -hostiles  à l’éventuelle candidature du chef de l’État à l’époque, le bruyant capitaine Moussa Dadis Camara, qui a pris le pouvoir au lendemain de l’annonce de la mort du Général Lansana Conté, le 23 décembre 2008- était réprimée dans le sang. Le bilan fut très lourd: au moins 157 protestataires  tués, plusieurs dizaines de disparus, 109 cas de viols enregistrés et plus de 1 300 blessés.

Pour plus d’informations sur ce qui s’est passé ce jour-là dans le stade de Conakry, consultez le rapport de 113 pages de Human Right Watch, intitulé: « Un lundi sanglant: Le massacre et les viols commis par les forces de sécurité en Guinée le 28 septembre »ici.

(C) HRW

En ce jour du quatrième anniversaire, le scrutin législatif a éclipsé l’événement.

Huit militaires inculpés, aucun procès à ce jour ! 

Le tôlet créé par les témoignages poignants des rescapés et la pression des organisations de défenses de droits de l’homme ont poussé la justice guinéenne à ouvrir une enquête pour juger les commanditaires et les exécutants de ce carnage. Aujourd’hui, huit militaires dont sept personnalités de haut rang ont été inculpé pour leur rôle présumé. Ce sont entre autre: Abdoulaye Cherif Diaby, ministre de la santé d’alors, Moussa Tiegboro Camara en charge de l’Agence Nationale contre le trafic de drogue, le crime organisé et le terrorisme, et Pivi « Coplan », ministre de la sécurité présidentielle [tous les deux conservent leurs postes dans le gouvernement actuel].  Quant au capitaine Dadis Camara, le chef du gouvernement formé par les putschistes,  il coule des jours tranquilles du côté de Ouagadougou , où il poursuit sa « convalescence », depuis qu’il a fait l’objet d’une tentative d’assassinat orchestrée par son ancien compagnon et aide de camp Aboubacar « Toumba » Diakité, qui est lui même en fuite. Ces derniers n’ont jamais été interrogés par la justice. A ce jour, plusieurs organisations de défense de droit des humains dont l’OGDH, le FIDH et HRW se sont contituées partie civile.

La procédure engagée avance à pas de caméléon !

Ces faits se sont produits avant même qu’Alpha Condé  ne soit au pouvoir. Alors que la procédure à l’encontre des auteurs de l’assaut contre son domicile privé en juillet 2011  a abouti à la condamnation à des peines de prison des principaux accusés dans les deux années qui ont suivi les faits, les victimes des exactions du 28 septembre 2009 eux continuent de réclamer justice. « Quatre ans plus tard, les victimes et leurs familles attendent toujours que la justice soit rendue pour les exactions abominables commises le 28 septembre 2009 et les jours suivants », a déclaré ce vendredi Elise Keppler, Directrice adjointe de la division  Justice Internationale à Human Right Watch.

Éclaircir les zones d’ombres sur  cette affaire est important pour  à la fois les victimes et les accusés à tort (s’il y en a).

Rendre justice aux victimes est un acte salutaire pour le peuple de Guinée dans sa globalité étant donné depuis l’indépendance du pays  en 1958 les forces de défense et de sécurité commettent des exactions. Ainsi, condamner les responsables de ces crimes apprendra  non seulement aux  chefs  que  les violations de droits humains ne peuvent pas rester éternellement impunies mais également cela permettra aux victimes de tourner la page.
La tenue d’un procès équitable donnera l’occasion aussi à ceux qui sont accusés (à tort) d’avoir commis de crimes graves  -sur le code judiciaire guinéen, le viol et l’homicide volontaire sont les plus lourdes charges-  de prouver leur innocence.

C’est grâce aux martyrs du lundi sanglant que la « démocratie » a foulé notre sol !

Bien que  les victimes ou leurs parents  s’estiment lésés par les autorités en place et les leaders  politiques qui les avaient appelé à manifester, il faut reconnaître que sans ce sacrifice humain, on ne dirait pas que la Guinée n’allait jamais voir  la « démocratie » sur son sol mais,  ce serait  certainement  celle que les militaires nous auraient imposé. En quelque sorte, la démocratie propulsée par les bérets rouges. Pour conforter ces nombreux martyrs dans leurs tombes, ils méritent d’avoir un mémorial sur lequel seront inscrits leurs noms, pour qu’ils ne soient pas oubliés.

Copyright Guinéenews 

Pour qu’un peuple arrive à   prendre entièrement son destin en main, il faut absolument qu’il connaisse son histoire. Cela  l’aidera à s’en sortir facilement des difficultés qu’il croisera sur le chemin de son émancipation.

Par cireass 


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cireass
Je suis Guinéen de nationalité et citoyen du monde. Je suis passionné de lecture, d'écriture et de NTIC. Welcome everybody !

7 réflexions au sujet de « Massacre du 28 septembre 2009 : quatre ans après, les victimes réclament justice »

  1. Bravo Thierno. j’aime bien ton analyse que je trouve plein de clairvoyance! Il aurait été mieux de fixer ces élections à une autre date par respect à la mémoire des nombreuses victimes de cette journée en d’autres occasions.

    Rappelons aussi que ce 28 septembre, il y a 55 ans, notre peuple rejetait la communauté franco-africaine proposée par la France. Le peuple avait fait ce choix plein de promesses fut trahi par la dictature sanguinaire de Sékou Touré et sa machine à tuer que fut le PDG. Depuis cette date, il a eu peu de raisons de se réjouir.

    1. Effectivement, on aurait dû fixer la date de ces élections au 29 septembre pour que l’on oublie pas le sacrifice que ces citoyens ont fait pour tout le peuple de Guinée. Ce qui est écoeurant dans tout ça ce que les gens ont généralement préféré parler du 28 septembre 1958 alors que 55 ans après nous avons la même soif à savoir la liberté. Merci Mr Bah pour cette nouvelle visite. 😀

  2. Thierno, en lisant ton billet, j’ai comme l’impression que l’oubli est ce qui caractérise le plus les africains. Surtout nos dirigeants ! Pour prendre son destin en main, un peuple doit connaître son histoire. Je ne comprends pas comment un scrutin peut eclipser un événement pareil. Le pouvoir veut s’acheter une conscience. Mais, la justice doit faire la lumière sur cette affaire. Elle me rappelle étrangement les neuf disparus de Bepanda au Cameroun. Mais ici, dans le cas Guinéen, c’est encore plus grave. Mais Thierno, avec ce billet, les victimes doivent se sentir soutenues. Et le gouvernement doit chercher a sortir de ce sommeil. Beau billet Thierno. Tu es la voix de ceux qui.n’ont point de voix mon grand.

    1. Big up ma grande Josiane. L’oublie chez la majorité de la population, on dirait que c’est un fait. Mais chez les dirigeants, ils font juste semblant. De fait, cela prouve qu’eux-mêmes sont prêts à tout y compris par la répression pour garder leurs postes.

  3. Le plus révoltant dans cette histoire est que le Prof. Alpha Condé ait gardé dans son gouvernement les individus qui ont causé tous ces morts, en donnant même une promotion à leurs principaux responsables, malgré une accusation sans équivoque de la justice guinéenne et internationale. C’est l’impunité exhibée avec cynisme et arrogance aux yeux des victimes et des familles des martyrs de ces journées sanglantes.

    Justiiiiice!!!!

  4. Le bilan des trois ans de gestion de l’ex-Professeur de Droits, ayant combattu pour la liberté et la démocratie durant plus de 40 ans, est (presque) négatif sur tous les plans. On sait que le développement c’est un processus qui demande beaucoup de temps, mais Koro, en tant qu’ancien Prof de Droits, aurait dû faire mieux en matière de respect des droits de l’homme. Hélas. Aujourd’hui, Le Ministre Gassama Diaby est l’homme à abattre pour les faucons du RPG arc-en-ciel et du gouvernemen. Son péché est d’avoir juste voulu rappeler les principes élémentaires qu’un État se disant démocratique doit respecter.
    Alpha Condé n’avait qu’un seul objectif : accéder au pouvoir. Le cas des jeunes arrêtés à Conakry et déportés illégalement au Camp militaire de Soronkony à Kankan en est une parfaite illustration !

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