Manifestations pacifiques à Conakry: l’espoir a été de courte durée

Crédit photo: malijet.com 

 

Au soir du 18 février 2013,  jour d’une énième manifestation de  rues organisée par l’opposition  guinéenne, groupée au sein de l’ADP, du Collectif et du CDR, une partie importante de l’opinion publique (sympathisants du pouvoir et ceux de l’opposition) s’était frottée les mains pour le bon déroulement de cet évènement. Généralement, les  »manifestations pacifiques » à Conakry se terminent souvent dans les violences ; et ce 18 février donc ça n’a pas été le cas. On a cru alors à une mutation de mentalités de la part des acteurs. La démocratie est-elle enfin en marche ? Malheureusement non, car une dizaine de jours plus tard, l’opposition appelle de nouveau ses militants à manifester pour exiger l’organisation des élections législatives inclusives, libres et transparentes. Des législatives que la classe politique attend depuis 2 ans.

Le 27 février dernier, les principaux leaders de l’opposition, accompagnés des dizaines de milliers de leurs militants, descendent dans les rues de Conakry. Cette fois-ci la marche se tient sur la route Le Prince, considérée comme le bastion de l’opposition.  La  marche débute sans heurts : policiers, gendarmes et opposants marchent côte à côte. « Les manifestants doivent comprendre que nous sommes là pour les sécuriser, nous leur demandons de ne pas nous haïr. Car  nous sommes tous des Guinéens… Vive la démocratie !», lance un gendarme. L’itinéraire retenu va du carrefour Enco5 à l’esplanade du stade du 28 septembre. Le même stade où il y a eu le plus grand carnage de ces dernières années en Guinée et  surtout l’affaire qui a  mis fin aux ambitions politiques du  buyant  capitaine Moussa Dadis Camara, chef de la junte militaire qui avait pris le pouvoir au lendemain de la mort du Général Lansana Conté en décembre 2008.

Il est 13 heures. Comme par le passé, la route est noire de monde : jeunes, vieux, femmes et hommes ont massivement répondu à l’appel de leurs leaders. Ils arrivent devant le siège  du RPG-Arc-en-ciel (parti au pouvoir) à Hamdallaye. Les premières violences vont éclater ici. Pro et anti-Alpha Condé se jettent des pierres, on  enregistre  plusieurs dégâts : des véhicules sont  détruits, des journalistes et des avocats sont pris pour cible. Selon le gouvernement, plus de 130 personnes ont été blessées dont 68 membres des forces de l’ordre ; et deux morts selon l’opposition. La démocratie guinéenne a fait une fois de plus deux pas en avant et trois pas arrière. Au même moment, les policiers font des incursions dans les quartiers ‘’chauds’’ de la ville pour, comme à l’accoutumée, ‘’maintenir l’ordre’’ dans la contrée, c’est-à-dire frapper toute personne susceptible de s’opposer au pouvoir ; les soustraire de tous les objets de valeur (argents, téléphones, caméscopes, etc.) Bref les exactions sont de retour. Plus loin, ils rentrent dans les concessions pour faire des choses que personne ne souhaite être la victime. Si la Guinée a des forces de défenses et de sécurité républicaines, elle a cependant des graines mondialement reconnues pour leur barbarie.   Conakry se replonge dans les violences politico-ethniques qui ont marqué son histoire.

Durant toutes les 72 heures, la grande banlieue ressemblait à une guérilla urbaine. Les écoles et les commerces sont fermés, la circulation est à l’arrêt, des pneus sont brûlés sur les principales rues, les flics rentrent en grand nombre dans les quartiers à la recherche des ‘’lanceurs de cailloux’’… Des jets de gaz lacrymogènes à la distribution gratuite de coups de matraques, tout est permis. Gare à quelqu’un de porter des habilles sales ! Aux dernières nouvelles, plusieurs jeunes furent arrêtés.  Il est à signaler que les forces de sécurités ont  opéré un léger changement au niveau de leur mode d’action. D’habitude s’ils arrivaient à appréhender un ‘’lanceur de pierres’’,  ils le conduisaient directement à leur base. Mais, cette fois-ci, tous ne sont pas partis au commissariat. D’aucuns ont été sérieusement corrigés sur les lieux avant d’être remis en liberté. Liberté ? Oui, mais une liberté exceptionnelle hein. Puisque la plupart d’entre eux passeront au moins le weekend dans le lit en attendant de retrouver leurs facultés physiques.

Hamdallaye-Kagbelen, l’axe de la démocratie ou du désordre ?

En effet, dès qu’il y a un petit trouble dans la capitale guinéenne, c’est l’axe Hamdallaye-Kagbelen qui paie les frais. Et cela c’est depuis très longtemps. Il  est considéré par les uns (opposition)  comme le laboratoire de la démocratie ‘’made in Guinea’’ alors que pour les autres (pouvoir) c’est l’axe du désordre. Une chose reste claire : il y a eu beaucoup de martyrs…

Le vendredi matin au lendemain de la journée ‘’ville morte’’ tout semblait revenir à la normale. Les habitants vaquent librement à leurs occupations quand des échauffourées à caractère ethnique éclatent au grand marché Madina (le principal poumon économique du pays). Bilan : une trentaine de blessés ainsi que de nombreuses boutiques pillées avant de partir en fumés. Des jeunes qui sont prêts à en découdre avec  les flics érigent alors  des barrages où ils rackettent les rares automobilistes qui circulent. Au cours de ces dernières 72 heures, des milliers de personnes ont perdu tout ce qu’elles avaient suite aux actes de vandalismes et les incendies criminels ayant touché certains marchés de la ville. Dommage que les guinéens soient entrés dans une bataille dont personne ne sortira vainqueur. Quel honte de voir mon pays s’embraser à cause des divergences politiques !

Hier soir (vendredi 1er Mars), le Président de la République et les principaux leaders de l’opposition ont tous appelé au calme. Au moment (samedi matin) où je rédige ce billet, le calme commence à revenir dans la cité. Ce calme continuera-t-il à prévaloir ?Réponse dans les prochains jours!

The following two tabs change content below.
cireass
Je suis Guinéen de nationalité et citoyen du monde. Je suis passionné de lecture, d'écriture et de NTIC. Welcome everybody !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *