Lettre au Président Alpha Condé

Alpha Condé © DR

 Théoriquement, je ne dois pas parler de politique sur ce blog ; car lorsque j’ai postulé ma candidature à la saison II de  Mondoblog je me suis engagé à ne traiter que des questions de société. Mais, vu la grave crise politico-sociale que notre pays traverse en ce moment, mon choix est obligé de passer autrement.  La quiétude sociale n’est pas là où elle est censée être. C’est pourquoi  Monsieur le Président je vous écris cette Lettre, en espérant vous la faire parvenir pour attirer votre attention sur deux questions qui, avouons-le, freinent le développement de notre cher pays.

Monsieur le Président, je vous en fais appel car je crois en votre ferme volonté de vouloir faire sortir le peuple de Guinée de l’ornière ! Je suis convaincu que vous ne laisserez jamais ce peuple se disperser derrière nos frontières pour chercher refuse… Mais si vous le confirmez, c’est maintenant que vous allez agir.

Monsieur le Président, c’est avec beaucoup d’inquiétudes et des profonds regrets que je constate la spirale de violences dans laquelle notre pays est en train de se plonger jour après jour. Les affrontements entre opposants et forces de l’ordre, les attaques ciblées dans les quartiers sont devenus monnaie courante. Aujourd’hui, selon de nombreux observateurs, Conakry a trois faces : du lundi au mercredi c’est une ville normale, du jeudi au samedi c’est un champ de bataille (du moins dans certains quartiers de la banlieue, où des graves crimes sont commis tant par les forces de l’ordre que par des citoyens) et le dimanche c’est une journée d’affaires sociales.

Je décide de prendre ma plume parce que je suis inquiet sans pour autant briser l’espoir de voir une Guinée paisible, unie et prospère où tous les fils et toutes les filles se sentiront heureux. Une Guinée reconnue pour son respect de la démocratie et des libertés fondamentales et individuelles de ses citoyens ; une Guinée où il y a des respects réciproques entre le Président de la République, le gouvernement, la mouvance et l’opposition ; une Guinée où les ethnies ne sont pas  des identités, plutôt un atout de developpement ; une Guinée où tous les citoyens ont en tête qu’un seul doigt ne peut pas attraper le pou. Hélas. Ceux-ci ne sont pour le moment que des rêves, qui sont loin de se réaliser !

Monsieur le Président, je sais que votre emploi du temps est très chargé mais j’espère tout de même que vous écoutez de temps en temps les radios privées, vous surfez sur les sites d’informations, vous regardez les éditions des chaines de télévisions privées, comme vous n’avez pas besoin d’attendre  l’insupportable « tour-tour » établi par notre chère et vaillante EDG (électricité de Guinée)  pour allumer le téléviseur présidentiel. Pourquoi ?  Si vous les suivez bien qu’il n y ait pas de journalistes en Guinée, vous en savez certainement de quoi je parle : ces citoyens qui prennent leur petit-déjeuner en intervenant dans la grogne matinale sur Soleil FM avant d’aller palabrer sur Planète FM, ceux qui se plaignent de la cherté de la vie devant les caméras de nos télévisions privées et surtout ces commentaires agressifs qui accompagnent les publications de nos « journaleux » de la presse en ligne. Mais bon, ce n’est rien hein ! Ce sont les gens de la 5ème colonne jadis combattus qui ont ressuscité, cette fois-ci avec le jargon pas mal connu maintenant : « les saboteurs ».

Comme annoncé dans les lignes précédentes, je n’aborderai que quelques uns des sujets qui nous doivent nous préoccuper le plus : la construction d’un Etat de Droits et l’organisation des élections législatives.

Construction d’un Etat de Droits

Parmi tous les vingt-quatre candidats qui ont pris part au premier tour de l’élection présidentielle de 2010 , vous étiez le mieux placé  à mes yeux pour montrer aux survivants des régimes de Sékou Touré  et de Lansana Conté  que construire un Etat de Droits n’est pas une chose aussi compliquée tel qu’ils nous faisaient croire. Nul ne doute que vos quarante années de lutte contre la dictature et la corruption faisaient de vous l’homme à suivre impérativement pour sortir ce pays une fois pour toute d’un demi-siècle de l’agonie. Nul ne doute aussi que le titre professeur de Droits n’est pas fait pour n’importe qui. Vous l’avez eu parce que vous l’avez mérité, je vous en félicite ! Je sais que les questions de Droits de l’homme font partie de vos principales préoccupations. C’est pourquoi Khalifa Gassama Diaby  a rejoint le gouvernement que vous avez formé.

Mais Monsieur le Président, les Etats-Unis ont récemment rendu public un rapport sombre sur l’état des droits de l’homme du pays que vous dirigez depuis deux ans et demi. Monsieur Diaby vous l’a montré ? Certains de vos compatriotes s’affrontent avec les forces de l’ordre presque tous les jeudis lors du « marathon de Conakry ». Avez-vous cherché à comprendre les raisons ? Au cours de ces affrontements et les descentes musclées des forces de sécurité dans les quartiers situés le long de «l’axe du mal», plusieurs citoyens à qui vous aviez promis la sécurité  dans votre discours d’investiture ont perdu la vie. On parlerait aujourd’hui de plus de vingt-huit morts ces deux dernières années. Personnellement, dis que ces chiffres sont  inexacts. En deux ans de gestion, 31 compatriotes (28 opposants, 2 agents de forces de l’ordre et 1 supposé militant de votre parti), dont des enfants de moins de quinze ans, nous ont quittés dans des circonstances déplorables. C’est énorme ! Chaque mort liée à la politique est une régression pour notre jeune démocratie et en fin de compte c’est la République toute entière qui perd. C’est bien que vous ayez présenté vos condoléances aux familles des victimes mais le mieux c’est de faire en sorte qu’il n’y ait pas de violences. Sans oublier de mentionner au passage les milliards de francs perdus suite aux actes de vandalisme qui ont secoué les différents marchés de Conakry, en marge des manifestations de l’opposition dite républicaine ainsi que des centaines de blessés actuellement soignés dans nos hôpitaux.

L’organisation des législatives 

 Voila la source de toutes les tensions que nous connaissons en ce moment ! C’est sûr que passer quarante années à juger le bilan d’autrui est harassant. Donc, vous auriez dû bénéficier de quelques temps de repos. Visiblement l’opposition n’a pas compris cela. Ah oui, c’est ça le malheur de la démocratie !

Monsieur le Président, j’aime  beaucoup le surnom le Mandela de la Guinée que vos partisans vous ont  donné. Pourquoi ? C’est parce que tout simplement le Mandela de l’Afrique du sud est l’un des plus grands personnages de notre époque et surtout un grand démocrate. Je ne doute point de l’idéal que  vous defendez…

Me Abdoulaye Wade, ex-président du Sénégal, et vous avez quelque chose en commun : opposant historique élu président de la République. Cependant, il a suffit qu’il y ait une élection pour que la majorité de nos voisins du nord emmènent Wade à la retraite. Bon, il avait quatre-vingt-six ans ; et vous soixante-quinze ans. Donc, il reste encore onze ans avant d’avoir celui de Wade. Malgré son intension de rester, il s’est incliné devant la volonté de son peuple. Qu’est-ce qui réellement empêche la tenue de nos législatives ?  Ce qui est sûr Monsieur le Président, vous avez la possibilité de ne pas les perdre. Vous savez, il n’ y a que deux possibilités à l’issu d’une élection libre et transparente :

1.       Soit on les remporte parce qu’on a la confiance du peuple. Et là, c’est la satisfaction totale.

2.       Soit on les perd, mais on  concède tout de même la défaite. Dans ce cas précis, la sagesse atteint son apogée.

Mais le compagnon de tous les temps de la sagesse est bien entendu la confiance. De toute façon je ne vois pas des perdants ici. Ecouter le peuple que l’on a  choisi de servir c’est très important, Monsieur. Ce peuple dont je fais allusion ici c’est tout le monde. Vos partisans, vos opposants ainsi que ceux qui n’ont pas choisi de camp.

Monsieur le Président, je vous souhaite pleins de santé et de succès dans l’exercice de cette noble   mission qui vous a été confiée ! Veuillez recevoir les salutations d’un citoyen soucieux pour l’avenir de son pays !

@cireass

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cireass
Je suis Guinéen de nationalité et citoyen du monde. Je suis passionné de lecture, d'écriture et de NTIC. Welcome everybody !

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