Les robinets du château d’eau sont secs !

Le 22 décembre 1992,  l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution faisant de la journée du 22 mars de chaque année la journée mondiale de l’eau.En Guinée, cette journée a été célébrée dans un désarroi  absolu, du fait que, en plus de l’électricité et de l’internet, l’eau potable est l’autre luxe pour le guinéen lambda, en dépit de toutes les potentialités dont dispose le pays.

Comme tous ceux qui ont eu la chance de fréquenter l’école guinéenne, j’ai appris dès la 3e année (niveau primaire) avec la Géographie que la Guinée est le château d’eau de l’Afrique de l’ouest. Une appellation difficilement reconnaissable sur le terrain des villes de ma chère patrie. En effet, la plupart des grands  fleuves de la sous-région, comme Sénégal, Niger, Mano, Gambie, etc. prennent leurs sources dans ce pays, ce qui devrait normalement permettre aux citoyens d’avoir accès à l’électricité et à l’eau potable. Mais malheureusement, 54 ans après la proclamation de l’indépendance, les guinéens continuent de souffrir pour s’approvisionner en eau potable, y compris dans la capitale. Cette problématique est l’une des questions qu’il faut traiter avec urgence, les médias et la population en ont tellement dénoncé la sécheresse des robinets qui  touche les villes du pays qu’on ne sait plus à quel saint se vouer.

Crédit photo: afrinews.com

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En cette saison sèche (février-mai), faire le plein de carburant dans certains quartiers de Conakry est dix fois  plus facile que remplir un bidon de 20 litres en eau potable. Cela s’explique par le fait qu’il existe partout des stations services qui fonctionnent très bien, c’est l’argent qui fait défaut dans ce domaine ; alors que pour l’eau, même trouver un endroit où s’approvisionner exige une course de plusieurs kilomètres, notamment les quartiers de la haute banlieue. Les femmes restent aux aguets jusqu’à 2 heures du matin dans  l’espoir d’avoir le précieux liquide. Dans ces lieux, la bataille va au-delà de la recherche d’un point d’eau. Arriver sur place, un autre combat démarre ; celui qui, si l’on en sort victorieux, nous permettra de nous approcher du fameux robinet. En fait, autours de lui sont visibles des dizaines de bidons formant des rangées, dans une ambiance tendue comme un lundi matin à Wall Street.

De nos jours, la population de Conakry est estimée à près de 3 millions d’habitants, vivant dans des quartiers construits en grand nombre dans l’anarchie totale, surtout le centre ville que les investisseurs n’ont toujours pas osé véritablement s’approcher. Tandis que ceux de « la banlieue » voient des immeubles pousser comme des champignons. Que ce soit dans les quartiers chics ou ceux populaires, ils sont tous confrontés depuis des années à des pénuries d’eau potable qui les frappent à la même période. Les coupures intempestives sont sans cesse pendant que les factures émises par la SEG (Société des Eaux de Guinée), la cousine d’EDG, sont en hausse, malgré l’inefficacité de son réseau de distribution. L’eau ne coule dans aucun secteur de la ville 24h/24. A Conakry, les principales sources d’approvisionnement en eau restent les forages, faits en grande partie par des particuliers : que Dieu les bénisse…! Et l’autre partie par le gouvernement formé au lendemain de la mort du Général Lansana Conté par  Moussa Dadis Camara, l’ex-chef de la junte militaire entre 2009 et 2010. A l’époque, une décision prise par ce bruyant capitaine avait surpris plus d’un. La décision en question ordonnait la fermeture de tous les bureaux afin de se lancer à la recherche de l’eau, comme si nous étions dans une montagne quelque part au Qatar ou au Yémen. La campagne avait permis de mettre à la disposition de la population de Conakry et les autres villes quelques 400 forages. Cependant, ils ne font pas que du bien. Ils sont source des injures et des propos incendiaires qui se soldent de fois par des affrontements entre les chercheurs d’eau ; chose qui contribue davantage à fragiliser le tissu social entre voisins ou ethnies, compte tenu de la situation socio-politique actuelle du pays.

Des forages dans la capitale du « château d’eau de…» ? Oui, on l’a fait (probablement) dans le but de ne pas s’eloigner de l’Afrique que nous avons héritée de nos ancêtres…, car nous ne voulions pas la malédiction… Mais aujourd’hui, je vous avoue que si avoir de l’eau potable dans les robinets de Conakry constitue un déracinement, alors, nous sommes prêts pour la rupture, hein !

A Conakry, l’eau de puits n’est pas stigmatisée.

Ici, tous les quartiers ne sont pas sous le règne de la SEG.Ainsi, les puits qui ont toutefois des régimes irréguliers sont les bienvenus.Les rares qui arrivent à contenir un peu d’eau en cette période, on ne manquera pas autours d’eux un filtre artisanal fait à base de sable et de cailloux tous réunis dans un vase à trous qui vont contrer la boue et empêcher certaines « saletés » d’y passer. A rappeler que la filtration est un processus qui prend considérablement de temps. Après cela, nous obtiendrons une eau presque claire, mais qui reste déconseillée à la consommation, pour des raisons de santé. Si l’on brave  ça, les conséquences peuvent être fatales, pourtant beaucoup s’enfichent de ce conseil ; ils minimisent complètement les dangers et restent sourds aux différentes campagnes de sensibilisation. Résultat : nous sommes amis avec le choléra ; désormais il ne nous laisse plus, même au mois de mars, il fait des ravages.
Imaginez au XXIe siècle (un siècle caractérisé par l’évolution technique et technologique), au moment où des capitales jusqu’aux villages les plus reculés, les dirigeants s’investissent pour l’amélioration du secteur, à travers la modernisation des installations et des réseaux de distributions, ici, on continue à opter pour des forages qui ne répondent à aucun standard international. Eh pardon, ça aussi s’est arrêté depuis un bon moment, hein !

Au lieu de s’attaquer aux vrais problèmes qui frappent les guinéens, ils sont là à parler d’une politique qu’eux-mêmes qualifient comme étant la plus bête de l’Afrique.

Puisque votre projet sur le riz low-cost s’est soldé par un échec, essayez de rattraper votre retard en résolvant une fois pour toute cette crise, comme ça vous retrouverez la confiance de vos compatriotes, et vous aurez plein d’amis…

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cireass
Je suis Guinéen de nationalité et citoyen du monde. Je suis passionné de lecture, d'écriture et de NTIC. Welcome everybody !

4 réflexions au sujet de « Les robinets du château d’eau sont secs ! »

  1. Faire le plein de carburant dans certains quartiers de Conakry est dix fois plus facile que remplir un bidon de 20 litres en eau potable. Je crois que je vais me creer un petit stock d’essence en Guinée mais dite mois ou est passé  » La Guinée is Back  » ? Dans les oubliettes. Amateurisme, incompétence, ou tout simplement manque de réel bonne volonté ? Aux guinéens de répondre

    1. A ma petite analyse, je pense que « La Guinée Is Back » n’était qu’un slogan de campagne. En tout cas, pour le moment rien de sérieux n’est constaté

  2. Excellent billet avec la verve fouettante du grand Thierno ! Les problèmes d’eau, nous en connaissons aussi à Yaoundé. Il faut se lever à 2h du matin pour remplir les sous si tu veux avoir le privilège de prendre ton bain le lendemain, avant d’aller au boulot.

    1. Ah bon ? Je pensais que nous (guinéens) étions les seuls victimes de ce manque d’eau en pleine capitale. Mais bon comme Douala aussi se trouve en Afrique, rien ne doit surprendre. Généralement, les problèmes de nos populations sont communs. Amitiés !

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