Les maliens expulsés de Conakry étaient-ils des commerçants ou des islamistes?

Au soir du 14 octobre 2012, les autorités guinéennes ont entrepris à l’expulsion de 25 jeunes ressortissants maliens et un vieillard, tous soupçonnés d’être des djihadistes, a-t-on appris de sources militaires.

Après avoir passé une semaine dans les locaux de l’escadron mobile N°3 de Matam, ils ont été conduits à la ville de Kouremeleh, située à la frontière entre la Guinée et le Mali, où ils ont été remis aux autorités maliennes.

la-croix.com

Selon le commandant Mamadou Alpha Barry, porte-parole du haut commandement de la gendarmerie nationale, les maliens expulsés sont originaires de Gao, dans le nord du Mali, tombée depuis plus de six mois dans les mains de divers groupes armés dont AQMI (al-qaida au maghreb islamique), seraient arrivés en Guinée il y a environ un mois, et ont ouvert des boutiques dans le quartier de Matoto, à Conakry.

« Ils tenaient des réunions tous les vendredis, ce qui était suspect. Donc nous les avons interrogé », a-t-il déclaré.

En leur arrivée ici, ils n’ont pas cherché à repérer leurs compatriotes maliens vivant à Conakry. C’est pourquoi on les a soupçonné d’être des infiltrés des mouvements djihadistes qui ont récemment juré de faire payer les pays qui enverront des soldats pour reconquérir le nord du Mali, confie une source sécuritaire.

Il est à rappeler que le président guinéen Alpha Condé fait partie des hommes d’Etat qui appellent à intervenir militairement pour chasser les rebelles qui occupent Gao, Tombouctou, etc.

Pour Abdoulaye Guindo, le chargé de l’organisation au haut conseil des maliens de Guinée, ces allégations sont fausses. Ce ne sont pas des Touaregs mais des sonrhais. Et que les jeunes expulsés sont des commerçants qui sont en Guinée depuis plusieurs années. Ils ont des boutiques pour la plupart dans la commune de Matoto, dans la banlieue de Conakry, la capitale guinéenne. Selon lui, ses compatriotes ont été arrêtés le vendredi 5 octobre dernier alors qu’ils tenaient leur réunion hebdomadaire pour faire des achats groupés de marchandises.

Des habitants du quartier affirment avoir partagé une bonne cohabitation avec ces maliens.

Le frère d’un des expulsés a déclaré à la radio BBC que son frère n’était pas islamiste mais un simple commerçant légitime.

Sur les accusations selon lesquelles trois des boutiques des expulsés ont été vandalisées par les gendarmes qui ont mené les opérations, le haut commandement de la gendarmerie réfute fermement ces accusations.

Du coté des citoyens, les réactions sont partagées. Pour les uns, la Guinée a toujours eu des bras ouverts envers les personnes  qui connaissent des problèmes dans leur pays d’origine. Donc il serait bien qu’on leur laisse vivre paisiblement là où ils souhaitent faire leur abri. Tandis que pour les autres, toute personne qui représente une menace pour le pays doit être immédiatement expulsée.

Dans une correspondance adressée aux ministres Alhassane Condé de l’administration du territoire, François Fall des affaires etrangères, Gassama Diaby des droits de l’homme, le HCR (haut-commissariat des nations unis pour les réfugiés) en Guinée déclare : « Les 26 ressortissants maliens appréhendés à Conakry sont des commerçants. Ils ont été reconduits à la frontière du Mali en raison de leur appartenance supposée au Nord Mali, ethniquement et culturellement ». L’organisation onusienne dit n’avoir pas été associée et fustige la procédure suivie par les autorités guinéennes.

Dans un communiqué, le gouvernement malien dit : « Ni la représentation diplomatique du Mali à Conakry, pourtant en contact avec les autorités guinéennes, ni les autorités maliennes de Bamako, n’ont été au préalable averties de cette expulsion, comme l’exigent les accords qui lient les deux pays ».

Selon les analystes, cette décision d’expulser ces ressortissants maliens pourrait être préventive. On s’en souvient au début des années 2000, des infiltrés venus de la Sierra Léone et du Liberia ont tenté de déstabiliser la Guinée.

A ce stade, des zones d’ombre subsistent sur le profil exacte des ces maliens devenus persona non grata en Guinée, dans la mesure où chaque camp campe sur sa position.

 

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cireass
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