La lutte contre le virus Ebola doit être l’affaire de tous

image

Un pavillon d’isolation pour les personnes suspectées d’être atteintes de la maladie d’Ebola à Conakry (Photo : AFP)

Selon l’OMS, le virus Ebola  qui ravage l’Afrique de l’Ouest depuis décembre 2013 a fait plus de 2 000 morts sur un total de 3 900 malades répertoriés, dont 823 cas et 522 décès en Guinée.  L’organisation onusienne prévoit à terme 20 000 cas.  Par ailleurs, deux nouvelles localités, en l’occurrence les préfectures de Kérouane et Coyah, ont été touchées par l’épidémie. Ce qui montre que loin du sourire affiché par les autorités, le virus apparu à la fin de l’année dernière au sud de la Guinée reste toujours d’actualité.
C’est pourquoi je pense que sa lutte  demande l’implication de chacun de nous  sans exception, pour son éradiquer une fois pour toute.
Sachant que la santé publique est le premier défi que l’humanité doit relever, j’ai décidé de rédiger ce billet  dans le but de me joindre à ceux qui sensibilisent les citoyens contre ce tueur impitoyable, afin de le bouter hors de nos frontières. 

Les citoyens ont droit à l’information

Certains accusent les autorités guinéennes de ne pas donner suffisamment à la population les informations concernant  l’épidémie d’Ebola ; ce qui contribuerait à sa propagation. C’est bien d’éviter la psychose et ainsi rassurer les ‘investisseurs’ que la situation est sous contrôle. Mais il faut comprendre que tant qu’Ebola existe, les investisseurs ne se bousculeront pas aux portes de la Guinée et des autres pays touchés. L’éradication de la fièvre hémorragique à virus Ebola passe absolument par une bonne information. En retour, la population doit se conformer aux règles édictées par les autorités sanitaires et leurs partenaires internationaux. Que chacun accepte de jouer, petit qu’il soit, son rôle et fasse preuve de patriotisme pour que le virus Ebola ne soit plus présent dans notre pays.

Arrêtons de politiser la situation

S’il y a une grande erreur  que certains de nos compatriotes – ce n’est pas propre qu’aux Guinéens – ont commise dans la lutte contre la fièvre rouge, c’est bien d’avoir politisé une situation qui n’a rien de politique. Dès l’annonce de la présence de l’épidémie, ils ont nié catégoriquement son existence, sans chercher à comprendre quoique ce soit. Résultat : les installations de MSF à Macenta ont été saccagées par des gens qui criaient au mensonge l’existence de la maladie ; tout récemment des émeutes ont éclaté à N’Zérékoré entre jeunes opposés à la désinfection du marché central de la ville et forces de l’ordre. D’autres sont allés jusqu’à accuser le gouvernement d’avoir inventé cette ‘histoire’ pour empêcher la tenue des élections présidentielles en 2015. Non arrêtons d’être la risée du monde, il est encore tôt de parler de ce fameux rendez-vous électoral. D’ailleurs personne n’a intérêt à inventer une telle histoire. Ni les autorités guinéennes, ni les ONG et les organisations internationales ne pourraient tirer profit en inventant une épidémie effrayante comme celle-ci. Nous ne devons pas voir la politique derrière tout ce que nous entendons. À force de continuer dans une telle aventure, nous risquons de poser des actes qui seront défavorables au développement de notre pays. Aujourd’hui à cause d’Ebola, la Guinée est complètement isolée sur le plan international. Des compagnies aériennes ont cessé de desservir l’aéroport de Conakry. Les musulmans qui souhaitaient accomplir le pèlerinage sont interdits de séjour dans les lieux saints de la Mecque. Les chancelleries occidentales nous ont diminué l’octroi de leur visas. Nos compatriotes vivant à l’étranger sont victimes de toute sorte de stigmatisations. Certains pays voisins nous ont fermés leurs frontières – on ne doit pas leur en vouloir – la meilleure façon pour nous de sortir de cette lamentable situation, c’est de combattre Ebola, notre véritable ennemi qui menace notre existence. À ceux qui disent qu’ils ne vont pas croire à son existence, car ils n’ont jamais vu des victimes d’Ebola, qu’ils arrêtent de s’inscrire dans ce mauvais raisonnement. Voir ses victimes, à moins qu’on soit allé à un centre de traitement spécialisé, résulte de la mort d’une personne proche. Et ça je ne pense pas que l’un de nous y souhaite. Heureusement, contrairement au Libéria et à la Sierra Leone où des cadavres pourrissent dans les rues, en Guinée nous n’en sommes pas encore arrivés à ce stade. Donc les sceptiques n’ont qu’à apprendre à croire ce qu’ils entendent sans forcément attendre la démonstration  tangible.

Ne cachons pas les cas suspects

Pour mieux participer à la lutte contre cette épidémie, les proches des malades suspectés d’avoir contracté le virus doivent porter à la connaissance des autorités sanitaires en charge du traitement des cas suspects. En prenant cette sage décision, on protège notre entourage. Ebola n’est pas effrayant plus que toutes les épidémies (sida, paludisme, tuberculose…). Ce qui le différencie des autres, ce sont ses modes de transmission. Pour limiter les risques de contamination, il ne faut pas  cacher les personnes affichant des symptômes similaires à ceux de l’effroyable virus. La mort en tant que telle n’est pas affreuse, puisque nul ne l’echappera. Mais par contre, personne ne souhaite mourir simultanément avec tous les membres de sa famille. Et  c’est cela même que notre présent présent virus fait. Ce n’est qu’en s’attaquant à la chaîne contamination qu’on pourra vaincre le virus Ebola.

Le monde ne doit pas nous abandonner

Certes l’épidémie d’Ebola ne ravage actuellement que quelques pays d’Afrique de l’Ouest (plus la République démocratique du Congo), mais cela ne signifie pas que les autres pays du monde ne sont pas concernés. Les problèmes actuels ne se limitent pas qu’à la crise ukrainienne et la progression de État islamique en Irak. Des millions d’enfants risquent de ne pas pouvoir aller à l’école cette année. Quand j’écoute ceux qui ‘incarnent la communauté internationale’, j’ai l’impression que le virus Ebola n’est pas une priorité. Pourtant, ce sont des millions de personnes qui sont menacés par cette épidémie. En plus de la crise sanitaire, la situation actuelle pourrait déboucher sur une crise alimentaire. Avec les mouvements migratoires, chaque pays est une cible potentielle d’Ebola. Ainsi, la communauté internationale doit se joindre aux gouvernements des pays touchés pour prendre les mesures idoines afin d’éradiquer cette menace. 

Pour avoir plus de détails sur le virus Ebola, je vous recommande:

. Le virus Ebola,  plus facile à éviter que le paludisme

. Transmission, symptômes, traitements: comprendre le virus Ebola

. Virus Ébola : quelles sont les précautions à prendre pour l’éviter?

. 115 est le numéro vert mis à la disposition des citoyens pour la circonstance.

(*) Hommage à tous les agents de santé (médecins, infirmiers ou  bénévoles) décédés en tentant, malgré les grands risques de contamination auxquels ils étaient exposés, de sauver de vies !

(**) Félicitations aux religieux qui ont pris l’affaire à bras le corps et se sont lancés dans la campagne de sensibilisation. Par exemple, le sermon de la grande prière de vendredi a porté à plusieurs reprises sur les dispositions à prendre pour éviter de contracter le virus mortel, même si leur message n’est pas tombé forcément dans des bonnes oreilles.

Par cireass
Retrouvez cireass sur Facebook

The following two tabs change content below.
cireass
Je suis Guinéen de nationalité et citoyen du monde. Je suis passionné de lecture, d'écriture et de NTIC. Welcome everybody !