Jeune guinéen, le chemin est encore long !

Un jeune guinéen lors d’une manifestation à Conakry 

Aujourd’hui,  si l’on devrait élire la classe sociale la plus marginalisée, la plus oubliée et la plus instrumentalisée en Guinée, incontestablement l’honneur serait revenu aux jeunes, car ils rafflereraient la mise sans aucune peine. Pour se rendre compte de cette triste réalité, il suffit de faire un tour dans les différents “bars café”, sous les manguiers ou devant les cours des habitations où l’on y prépare du thé, Ataya comme on l’appelle couramment.

Jeune guinéen, tu as des ambitions ? Tu es soucieux pour ton avenir, bien qu’il te paraîsse incertain ? Tu rêves de vivre comme un jeune «normal», mais le désespoir est bien réel ?  Tu n’es pas le  fils d’un ancien/ un actuel ministre, du directeur général d’une grande entreprise de la place ou du chef de cabinet de l’un des quelques 34 ministres qui composent le gouvernement actuel ? Bref, tu n’es pas  “un  fils à papa” ? C’est vraiment dommage pour toi… Mais ne désespères pas, même si le chemin de la réussite aux Rivières du sud s’avère assez long !

Ton meilleur ami est un “fils à papa” ? Prudence !

Le père de ton meilleur ami est l’ancien/l’actuel ministre ? Ce n’est pas tellement mauvais que vous continuiez votre amitié à condition que tu ne tombes pas sur le mauvais chemin, en voulant avoir à tout prix le même niveau de  vie que lui.  Certes, vous êtes amis mais saches que  vous  n’avez  pas eu  la même case  départ. Tu n’auras jamais un traitement similaire au sien de la part de vos voisins… Même par miracle.   Ne rêves même   pas !  Il est souhaitable que tu vives ta propre vie et de ne jamais te laisser influer par quoi que ce soit. Ta vie t’appartient, donc  c’est en  toi seul que revient sa conduite.  Quand tu te dis que « Comparaison n’est pas raison », il y a des fortes chances que tu puisses te porter mieux.

Tu es jusqu’à présent à  la charge de la famille, malgré un âge avancé ?   Les enfants vont se fâcher !

C’est une situation constamment  difficile à supporter. Parce que comme voudrait la tradition, c’est toi qui devrais prendre en charge une partie de cette famille  qui t’a entretenu depuis toujours, mais tu n’as pas d’autres choix que de te patienter, implorer la grâce divine et attendre la prospérité, comme tout le monde, depuis plus d’un demi-siècle.  Dans une telle situation,  tu constateras qu’à la maison de plus en plus tes petits frères sont en colère contre ta personne. C’est normal hein ? Parce que non seulement tu es incapable de leur offrir “le prix de bonbons”, mais aussi vous partagez ensemble chaque matin le pain que papa achète. Dans ce cas, tu dois avoir un sang froid à l’encontre de ces gamins, qui te regardent à présent avec nervosité ; et surtout faire preuve de courtoisie tout en essayant de leur faire comprendre que toi aussi c’est ton papa qui a déboursé le prix de ce pain, malgré tout. Ne sois pas surpris d’entendre des paroles choquantes, hein ? C’est la nature qui te l’ont imposées. On ne sera jamais “digne” dans la pauvreté.

N’attends pas grand-chose de la politique !

J’espère que tu connais un peu le développement politique de notre pauvre pays de ces dernières années. Tu te souviens certainement de cette sanglante journée du 28 septembre 2009, au cours de laquelle des centaines de tes compatriotes ont été froidement liquidés par ceux qui devaient veiller sur leur sécurité : “les forces de défense et de sécurité”. Parmi les rescapés du “lundi sanglant”, il y avait des “leaders politiques”, dont certains avaient connu des moments pénibles dans les cliniques de Conakry où ils avaient agonisé pendant plusieurs heures avant de reprendre conscience. Un an plus tard (en septembre 2010), la plupart de ces “leaders” n’étaient plus n’importe qui. Ils étaient devenus “excellence Messieurs”… Et pour rendre hommage à ces jeunes tombés  au stade de Conakry, qu’eux-mêmes avaient invités à protester contre l’éventuelle  candidature du président autoproclammé d’alors, le capitaine Moussa Dadis Camara, ils font un déploiement policier considérable sur l’axe révolutionnaire de la ville pour juguler les contrevenants. Et c’est là, on te traitera de “loubard”, pendant que tu voulais tout simplement commémorer la disparition tragique de ton ami, ton frère, ton collègue… un guinéen qui réclamait un changement de mentalités, voulant goûter au bonheur qu’on lui a promu depuis toujours.

En fait, ils ne pensent à toi que lorsqu’ils se retrouvent en position difficile : descendre dans les rues… Tu ne prendras jamais part au partage du gâteau gagné dans les bras de fer Mouvance vs Opposition. Tu le savais ?

La chaussée deviendra le terrain de football

Tu avais entendu parler à  un moment  d’une parcelle réservée à la jeunesse de ton quartier pour en faire le terrain de football. Mais un jour à ton fort étonnement  tu  vois un immeuble pousser sur cette même parcelle, parce qu’elle a été vendue dans le plus grand secret par le “président du conseil de  quartier” à un riche homme d’affaires, face à qui toute tentative de résistance est vouée à l’ehec. Après concertation avec les autres footballeurs du secteur, vous allez barrer l’unique route qui traverse ce secteur et pratiquer votre sport préféré. Certes, vous avez eu une solution alternative  mais sachez que vous êtes désormais dans une situation d’eternelle altercation  avec les automobilistes, qui vont rouler sur le ballon que vous avez acheté  suite à une cotisation que tout le monde avait participée. Je sais que vous allez réclamer absolument  son  remboursement, quelles que soient les circonstances dans lesquelles l’incident s’est produit.

Tu comptes bien achever tes études ? C’est bien mais…

Tu comptes bien être parmi les meilleurs ? C’est une excellente idée ! Toutefois au cas où tu aurais le lauréat, probablement c’est au Maroc que tu iras pour poursuivre tes études supérieures. Cpendant, la partie est  loin d’être gagnée. En devenant boursier de l’Etat, tu connaitras une nouvelle aventure aussi cauchemardesque : des arriérés de bourses, des grèves à répétition, des manifestations devant la représentation diplomatique de ta chère patrie, des appels au secours que personne ne prend vraiment au sérieux… Bonjour la galère ! Tes mains seront de nouveau tendues aux parents ; l’appel  à la solidarité familiale pour joindre les deux bouts est de nouveau en marche.

Tu arrives à travailler quelques heures dans la semaine ? Ce n’est pas tellement grave. Il faut seulement savoir que dans ce cas précis les risques de redoubler la classe deviennent élevés…

Si tu n’as pas eu la chance de décrocher le lauréat, c’est Conakry ou l’une des cités universitaires de l’intérieur du pays qui va t’accueillir. Là, les frais de transports et de nourritures posent les sérieux problèmes, malgré les 95 000 Francs Guinéens que l’Etat accorde aux étudiants des universités publiques par mois pour alléger l’asphyxie financière.

Comme tu ne vois pas d’issue, tu prendras  le chemin de l’immigration

Après avoir fini tes études (diplômes en poche), déposé ton CV et une demande d’emploi dans tous les ministères, toutes les entreprises évoluant dans le pays, après avoir épargné aussi durant des années la presque totalité de la recette de ton “Télé Centre” (cabine téléphonique), tu décideras alors d’emboiter les pas de tes collègues qui  ont vu la prospérité venir de l’étranger. La route de l’immigration s’ouvre en toi, parfois au péril de ta vie.  Tu crois trouver le bonheur loin de ta Guinée natale. Soit en Afrique centrale (au  Cameroun, au Gabon, en Guinée Equatoriale, au Congo, en RD Congo dans l’espoir de réjoindre l’Angola sans jamais imaginer que tu pourrais te retrouver dans les prisons du tonton Eduardo Dos Santos) qui te reservera une toute autre réalité. Soit en Europe ou aux Etats-Unis d’Amérique d’où proviennent la plupart des  fonds qui  servent à la construction des luxueuses villas de la banlieue de Conakry.

Dans une telle démarche, je te conseille d’être très prudent parce qu’en  cas de problème les autorités de ta chère Guinée ne te viendront pas en aide. Qu’Allah t’en garde. Et n’espère jamais obtenir le statut d’expatrié, car tu l’auras guère.  Tu resteras un immigré oublié !

cireass 

 

 

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cireass
Je suis Guinéen de nationalité et citoyen du monde. Je suis passionné de lecture, d'écriture et de NTIC. Welcome everybody !

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