Je hais l’alcool, donc je suis gawa…

Stop alcool

Nous sommes en plein cœur  de Conakry. En ce Samedi soir, les bars grouillent de monde. C’est l’une des rares nuits mouvementées dans la capitale guinéenne. Un groupe de six jeunes hommes (âgés d’une vingtaine  d’années ) vêtus  des t-shirts et des képis de couleur verte) quitte un bar de la haute banlieue. Ils épaulent leur ami qui est ivre jusqu’au point qu’il ne peut plus marcher seul.  Sur la route, l’adolescent insulte les personnes qu’il croise sur son chemin. Ses copains  tentent de le maîtriser sans pour autant parvenir. Les propos de l’adolescent ne créent pourtant pas de remous chez les passants. Ici, chacun s’occupe de ses affaires.    

Une telle scène, on y voit pratiquement tous les jours. De plus en plus les jeunes se livrent à la consommation d’alcool et autres produits stupéfiants. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène : pour les uns, consommer du cannabis, de la cigarette ou de l’alcool  leur permet d’oublier momentanément les multiples problèmes rencontrés au quotidien ; alors que pour les autres, c’est pour arrêter la discrimination (exclusion) venant de leurs camarades au cours des sorties pour les discothèques. En effet, lorsqu’on a des partenaires alcooliques, difficilement on arrivera à se mettre à l’écart.

C’est difficile mais possible. La condition est simple et sine qua non à la fois : c’est avant tout être inflexible face  aux appréciations négatives que vos amis vous feront, restez attacher coute que coute  à vos convictions parce que certains seront vexés  de vous voir dans l’indifférence. Puis, faites une communication parfaite  autour de votre décision.  Dans ce cas, ne soyez pas fâchés lorsqu’on vous  considère comme un  ‘’déconnecté du monde moderne’’, « c’est un gawa quoi (archaique)  » diront d’autres personnes.

Personnellement, des amis me sifflaient à l’oreille : « hé boy, pour être ‘’grand’’, il faut prendre un verre de bière même si c’est de façon occasionnelle…. comme ça c’est plus cool quoi ! ».  Je les écoutais tous afin de comprendre la position de chacun. Par chance, je ne suis jamais tombé dans leur filet. Je reste le même : un nightclubeur sporadique.

Actuellement, le constat est le suivant : la bière  est  incontournable  pendant les fêtes et les sorties de nuit.

Evidemment, la consommation excessive d’alcool a des conséquences néfastes sur la santé de l’individu, mais malheureusement beaucoup d’entre eux ne le savent pas.  Selon une étude du CIRC (centre international de recherche sur le cancer), les cancers du foie, du pancréas, des voies aérodigestives supérieures, qui sont les cancers les plus fréquents, sont d’origine alcoolique. On apprend par ailleurs que l’alcool est la cause directe des certaines maladies comme l’atteinte des nerfs périphériques (neuropathie périphérique : le toucher ou la sensation de vibration dans les pieds, les chevilles) et les maladies de l’alcool (abus et dépendance).

Des études ont aussi montré que l’alcool a également des effets sur le développement du cerveau de l’adolescent, dont certaines zones sont moins développées chez ceux qui ont une histoire de dépendance à l’alcool. Les enfants alcooliques se retrouvent en situation d’échec scolaire. La plupart d’entre eux n’achèveront pas leurs études, du fait qu’ils ont perdu leur niveau.

Dans les alentours des établissements d’enseignement, au bord de la mer ou à l’intérieur des maisons fantômes  (les bâtiments en construction), on y trouve des jeunes en train de fumer de la cigarette, du chanvre indien; ou encore en train de boire de la bière. L’association de l’alcool à d’autres substances est très fréquente. Le cannabis est, avec l’alcool, la substance la plus consommée par les jeunes. Elle est le fait de deux types de jeunes : certains les utilisent comme un traitement sauvage à un état dépressif.  Dans d’autres cas, la consommation d’alcool et de cannabis s’inscrit dans le sillage d’un trouble de la personnalité marqué par une intolérance à la frustration, une impulsivité et une tendance à transgresser les règles sociales.
Les adolescents qui consomment de l’alcool sont ceux qui fument le plus de tabac. Ainsi, les consommations de l’alcool et du tabac sont associées.

En Guinée, la plupart de parents ne connaissent pas la situation de leurs enfants (s’ils sont alcooliques ou pas). Car plus de 85% de la population sont de confession musulmane, or l’alcool est haraam (illicite) dans la religion islamique. C’est pourquoi on la découvre qu’en dehors du cercle parental.  A signaler que les femmes accro à l’alcool sont très peu nombreuses. Les guinéennes détestent  la bière ; c’est la pizza qu’elles préfèrent.   Quant aux policiers,  c’est : «  Fais ce que je te dis, ne fais pas ce que je fais ». En plus des problèmes sanitaires,  il y a également des terribles  accidents de circulation qui sont fréquents à Conakry. Par ailleurs, le mois de décembre est la période la plus meurtrière de l’année.

Que faut-il faire pour enrayer ce fléau ?

Je ne suis pas spécialiste en la matière, mais j’ai tout de même quelques idées. D’abord, je pense  que l’Etat doit prendre des mesures adéquates qui consistent à taxer ces genres de produits à des taux très élevés, étant donné que tous ces jeunes  sont des auto-alcooliques.  Une  telle  décisions permettrait  non seulement de remplir les caisses du trésor public, malgré l’ombre de la corruption qui plane encore, mais aussi les fils de la république seront à l’abri de l’ivresse qui compromet leur avenir : plus le prix monte, la demande chute. Ensuite, faire des campagnes de sensibilisations à travers des spots publicitaires comme le font en ce moment certains pays pour montrer aux jeunes c’est qu’une consommation excessive peut causer. Enfin, sanctionner ceux qui oseront la vendre aux mineurs.

Aujourd’hui, même un enfant âgé de moins de 15 ans peut se procurer d’une bière, où et quand il veut. Se remplir les poches reste la première préoccupation de vendeurs ! 

Thierno Diallo (cireass

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cireass
Je suis Guinéen de nationalité et citoyen du monde. Je suis passionné de lecture, d'écriture et de NTIC. Welcome everybody !

2 réflexions au sujet de « Je hais l’alcool, donc je suis gawa… »

  1. Sans blagues! Boire, voudra t-il dire « être branché »? Triste réalité qui m’interpelle, moi aussi, musulman, en séjour à Sokodé (Ville à 95% musulmane). Ce que j’en pense fera l’objet d’un billet qui paraitra demain, incha allah.
    Cordialement, Aphtal

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