Guinée : le viol de trop ?

Dans la matinée du mercredi 28 octobre, la vidéo d’une jeune femme nue menacée avec un couteau par un homme a été largement partagée sur les réseaux sociaux en Guinée.

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Dans la fameuse vidéo qui dure environ une minute, on y voit une femme, presque, entièrement nue tremblant de peur se faire terroriser par un homme qui lui exige un rapport sexuel. Son bourreau, rapidement identifié comme étant un jeune chanteur du nom de Tamsir Touré qui se fait appeler Petit Banlieuz’Art, brandit un couteau de la main droite alors qu’il tient la caméra (sans doute un smartphone) dans sa main gauche pour filmer la scène. On l’entend ordonner à la victime de se déshabiller. La femme lui supplie d’arrêter, elle essaie de résister mais la détermination de son agresseur ne lui donne aucune chance de s’en sortir. Il menace de la poignarder si elle ne fait pas ce qu’il lui demande. Finalement, elle se résigne et s’exécute. Dans les dernières secondes, on la voit ôter le dernier habit qu’elle avait sur son corps. La caméra s’arrête là. On ne verra pas le reste de la scène même si on peut imaginer que la suite ne se serait déroulée de la meilleure des manières.

Dès sa mise en ligne, la vidéo a choqué toute la webosphère guinéenne. Si, pour le moment, il n’est pas établi que le viol a effectivement eu lieu, les chefs d’accusation de «menace» et de «tentative de viol», eux, pourraient facilement être démontrables devant un tribunal. Vite, la toile se mobilise pour demander aux autorités compétentes de se saisir de l’affaire pour mettre fin une fois pour toute aux violences dont sont victimes les femmes en Guinée. Soutenue par des associations de femmes, la victime présumée a porté plainte contre son agresseur à la Direction de la Police judiciaire (DPJ) de Conakry. Depuis le jeune fugitif est activement recherché par les forces de police.

Foutaise

Alors que depuis l’éclatement de l’affaire le nommé Tamsir reste introuvable, celui-ci nargue la police vendredi en accordant une une interview au site Gnakrylive au cours de laquelle il dit : «on s’amusait et on se filmait». S’amuser le couteau sous la gorge, quoi ! Il poursuit : «Si vous observez bien la vidéo, vous comprendrez que la fille avait beaucoup plus peur de la caméra. Le couteau ne lui disait rien». Si on le comprend bien, une caméra effraie plus qu’un couteau !

Sur sa fuite, il explique : «Il fallait que j’assure ma sécurité dans un endroit sûr pour tirer les choses au clair», comme pour dire que “je m’en moque des textes de loi guinéens”. Pire, il charge à son tour son entourage : «J’ai été trompé par mes propres potes», assure-t-il. Autrement dit, le fautif c’est celui qui a diffusé la vidéo et non pas son auteur, Tamsir. Foutaise !

Pourquoi soutenir la victime 

L’indignation après la publication de la vidéo a été immédiate. Mais n’oublions pas qu’elle n’a fait que mettre à nu une pratique courante dans notre pays. Chaque jour, des viols ou d’autres formes de violences sont commis sur des femmes loin de la caméra, dans le silence le plus total. On le sait, un mois ne passe pas sans que la presse nationale ne rapporte au moins une affaire de viol, parfois perpétrée sur des enfants ou des jeunes filles, mais malheureusement la honte et la peur d’exclusion sociale font que la plupart du temps les familles de victimes préfèrent étouffer, elles-mêmes, ce genre d’affaires ; parce que trop honteux aux yeux de la société ! Aujourd’hui, les violences sexuelles en Guinée ont un visage qu’il faut s’en servir pour soutenir toutes ces victimes qui sont dans l’ombre et qui, probablement, auraient le courage de dénoncer leurs bourreaux afin qu’ils paient ce qu’ils ont fait subir à des innocentes, en position de faiblesse !   Nous devons soutenir cette victime présumée dont nous n’avons pas forcément besoin de connaître la personnalité. Nous devons la soutenir parce qu’en Guinée des femmes sont souvent violées dans l’impunité totale. Oui, nous devons la soutenir parce que nous avons des mères, des jeunes et grandes sœurs, des tantes, des nièces, des cousines, des amies et des femmes ou des petites amies que nous aimerions être en sécurité. Nous devons soutenir cette femme parce que les relations sexuelles doivent être un plaisir partagé entre les deux partenaires. Pour la première fois, il faut que ces hommes comprennent que le sexe ne se force pas mais plutôt se négocie, et qui parle de négociation s’attend à des réussites et/ou à des échecs. 

Ce n’est pas une petite infraction 

En parcourant les commentaires relatifs à cette affaire, j’avoue que j’ai été choqué par le comportement de certains guinéens qui réclament tout et son contraire. Dans les heures qui ont suivi la diffusion de la fameuse vidéo, la condamnation de son auteur était unanime. Mais plus le temps passait on voyait des complotistes essayer de décrédibiliser la jeune femme en l’accusant tout simplement de vouloir casser la carrière naissante de ce chanteur en herbe. D’autres, plus pathétiques, estiment que trop de crimes sont restés impunis en Guinée. Par conséquent, pour lutter contre l’impunité encrée dans notre histoire, il faudrait commencer par les «grands crimes» politiques commis depuis l’indépendance. Scandaleux.


Le viol n’est pas une petite infraction. Selon l’Article 321 du Code pénal, «Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte ou surprise, constitue un viol. Le viol sera puni de la réclusion criminelle à temps de 5 à 10 ans. Toutefois, le viol sera puni de la réclusion criminelle à temps de 10 à 20 ans lorsqu’il aura été commis soit sur une personne particulièrement vulnérable en raison d’un état de grossesse, d’une maladie, d’une infirmité ou d’une déficience physique ou mentale, soit sur un mineur de moins de 14 ans, soit sous la menace d’une arme, soit par deux ou plusieurs auteurs ou complices, soit par un ascendant légitime, naturel ou adoptif de la victime ou par une personne qui a abusé de l’autorité que lui confèrent ses fonctions. La tentative de viol sera punie comme le viol lui-même».


Joignez-vous à l’Association de blogueurs de Guinée (ABLOGUI) pour dénoncer les violences faites aux femmes en général et le viol en particulier en postant vos messages avec le hashtag #HalteAuViol.

Par cireass
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cireass
Je suis Guinéen de nationalité et citoyen du monde. Je suis passionné de lecture, d'écriture et de NTIC. Welcome everybody !

6 réflexions au sujet de « Guinée : le viol de trop ? »

  1. Un article bien écrit qui exprime bien la rage sincère que ressent son auteur. En outre, il est bien documenté, soit du point de vue juridique que du point de vue de l’évolution des réactions des internautes guinéens. Tu as raison de stigmatiser le fléchissement de certains et les distinguos des autres.

    On dirait que les positions deviennent plus souples depuis que la ministre des affaires sociales a mis un bémol sur la marche. C’est, maintenant, pourtant qu’on aurait du insister pour lui faire comprendre que pour une fois cette manifestation n’était pas contre le gouvernement. C’était une bonne occasion pour démontrer que sur ce plan le gouvernement était avec les femmes et leurs organisations.

    Une occasion de perdu!

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