Guinée : et si on devenait vraiment modernes ?

Crédit photo: sankadabo.com

Pendant que la course à l’influence fait rage entre les grandes puissances et les pays émergeants, d’autres nations du tiers-monde continuent à s’endormir.  Ceux qui peuvent s’offrir des choses dans ces pays que certains de leurs concitoyens ne peuvent pas s’estiment modernes. Ils pensent  qu’ils peuvent vivre tranquillement sur le dos des « pays avancés ».   Le comportement de ces pays dont le niveau de paresse n’a jamais été aussi haut a fini par affaiblir toutes les chances qui leur auraient permis de faire face à leurs défis. Parmi ces pays, plongés dans un sommeil profond, figure en bonne  place le notre : la Guinée.

Oui, depuis longtemps beaucoup d’entre nous se croient être dans le bateau de la modernité alors qu’en réalité ils  n’ont jamais été modernes car, la civilisation qu’ils ont choisie de suivre est celle qui encourage la médiocrité. Oui, la modernité que l’on a adoptée suspend notre destin à la bravoure des autres.
Notre santé, nos produits manufacturés, la mode à suivre,… et même le riz que nous consommons (en dépit de tous les potentiels agricoles dont dispose notre pays) pour avoir tout ça nous sommes obligés à aller chercher ailleurs : loin de nos frontières
Si pour éradiquer ce phénomène qui ne favorise pas le développement socio-économique de notre pays l’élite (politique et économique) est appelée à jouer un rôle de premier plan, la contribution des masses populaires n’en demeure pas moins. En effet, une nation, pour se développer, a besoin de l’apport de toute sa population. Chaque citoyen doit apporter sa graine de contribution pour la construction d’une Nation Forte !

Santé : hospitalisation à Dakar, Rabat ou Paris pour les civilisés et riches – Donka ou Ignace Deen pour les citoyens lambda (bénéficiant tout de même une solidarité familiale sans faille) 

Si les CHU (centre hospitalo-universitaire) de Donka et d’Ignace Deen sont les plus grands hôpitaux du pays, ce sont pourtant les citoyens démunis qui se soignent là-bas. Lorsqu’un ministre, un Directeur Général ou toute autre personnalité de l’État tombe malade, ce ne sont pas des médecins guinéens qui va le traiter. Le  »super-patient » préfère aller mourir ailleurs que de se soigner dans les salles sous-équipées de Donka ou d’Ignace Deen. Le manque d’hygiène, l’indifférence et l’intolérance des médecins (les parents du pauvre patient doivent s’acquitter des frais médicaux s’ils veulent que leur proche reçoive les premiers soins), les rackets sont passés par là. Pourquoi ne pas investir dans ces hopitaux afin que tout le monde (riches et pauvres) ait la possibilté de se soigner, au lieu de s’envoler à l’extérieur, à couts des millions de nos Francs, à chaque fois que besoin se fait sentir ? 

Un pays largement importateur   

La Guinée demeure un pays largement importateur. Des produits alimentaires aux matériaux de construction en passant par le textile et les produits de soins, la Guinée importe quasiment tout. Conséquences : le commerce est le principal secteur d’activité, le chômage bat son plein et la balance commerciale reste déficitaire (-30,52% en 2013, selon la Banque Mondiale). Elle importe chaque année près de 300 000 tonnes de  riz pour prêter main forte à la production locale. Malgré un potentiel important de terres cultivables dans toutes les régions, les Guinéens se nourrissent majoritairement du riz venu d’Asie (Birmanie, Thaïlande, Inde, Pakistan, Vietnam, etc.). L’Amérique latine également fait partie de nos partenaires commerciaux. Aujourd’hui, si ces deux régions du monde sont touchées par des calamités naturelles, il y a des fortes chances que nos marmites soient cloîtrées dans un silence de cimetière.

Le secteur agricole a été, depuis longtemps, abandonné par l’État.  Certains intellectuels ont fait naître l’idée selon laquelle l’agriculture est le secteur réservé aux pauvres. Il est rare de voir un étudiant, un diplômé ou un fonctionnaire prêt à faire carrière dans l’agriculture. Pourtant, on ne saurait connaître de progrès si l’autosuffisance alimentaire reste un défi à relever, c’est-à-dire non assurée. Pour illustrer mon analyse, je prendrai l’exemple sur la Malaisie. Un pays ayant deux choses en commun avec la Guinée : obtenir l’indépendance à la fin des « années 50 » (le 31 août 1957 pour le premier, et le 2 octobre 1958 pour le second) et appartenir tous les deux aux « pays du tiers-monde ». 
En 2012, le PIB de la Malaisie pesait 307 Mds de $ pendant que le notre atteignait difficilement 6,5 Mds de $. Cette  année donc la production d’huile de palme avait contribué au PIB à hauteur de 11%. Saviez-vous qu’une grande partie des palmiers à huile, qui lui ont permis de se hisser au rang de premier exportateur mondial d’huile de palme, vient de la Guinée ?  Il est évident que cette filiale est aujourd’hui décriée par les organisations écologiques, à causes de ses conséquences dévastatrices sur l’environnement ; mais abandonner un secteur porteur de croissance comme celui-ci ne se fera pas du jour au lendemain. Nos palmiers à huile, eux, ne peuvent-ils pas s’inspirer des malaisiens ? Vous êtes d’accord avec moi que la région forestière seule (si tous ses domaines cultivables sont mis en valeur) peut faire de notre pays un exportateur des produits agricoles dans la sous-région voire au-delà ? En tout cas les potentiels, eux, ne manquent pas.

Cultures marginalisées, traditions assassinées  

Si rendre efficace les deux secteurs que j’ai cités ci-haut revient à ceux qui ont le pouvoir politique, la valorisation de la culture et le respect des moeurs reviennent, eux, à toutes les couches de la société.

En arrivant à Conakry pour la première fois, on se pose plein de questions sur la/les culture(s) que les jeunes guinéens ont choisie(s) de suivre. Mais jamais l’idée comme quoi l’Islam est la religion pratiquée par 85% de la population guinéene ne viendra en tête. Les valeurs traditionnelles sont piétinées et mises à l’écart par la nouvelle génération. La jeunesse est tournée vers le mode de vie occidentale. Coiffure, habillement, musique… tout est copié de l’occident. La moindre apparence des grandes célébrités telles que Rihanna, Beyoncé… est reprise par les filles. Les coiffures des stars de football comme Neymar, Baloteli et autres  sont observées à la loupe et reprises, elles aussi, par les garçons. Malheureusement, ceux qui piétinent nos valeurs sont généralement considérés chez nous comme des « éveillés ». Je me demande quelle sera la place de nos moeurs dans dix ou quinze ans.
Pourtant, à l’instar des quatres (4) régions naturelles qui la composent, la Guinée est immensément riche en culture. Nous n’avons pas une culture mais des cultures, qui peuvent vendre positivement l’image de notre pays. Il suffit juste qu’on les valorise.
Coté musique, aussi, le talent ne manque pas (le prix de la meilleure prestation scenique remporté par le chanteur « Petit Kandia » lors du SIMA 2013, organisé à Yaoundé au Cameroun en est une parfaite illustration) mais malheureusement les jeunes préfèrent majoritairement écouter le rap, le RNB et le reggae.
Avec cette allure comment voulons-nous que notre pays ait des chanteurs qui exportent notre musique, comme le font Youssou N’Dour et Salif Keita au Sénégal et au Mali ?    Une musique qui s’exporte est une musique qui rapporte !
Le secteur de l’artisanat, bien que des promoteurs essaient désormais de le rendre productif, il est loin derrière son homologue malien ; qui fait vivre (financièrement) des milliers de personnes, surtout des femmes. En plus d’être créateur d’emplois, ce secteur permet au pays qui le développe de se vendre hors de ses frontières. Il y a des Guinéens qui ne connaissent pas Tombouctou. Mais qui n’a jamais entendu parler de Bamako ? Personne. Même si c’est à cause des « Basins Bamako », très convoités chez nous pendant les fêtes.
Etre moderne signifie-t-il s’approprier de ce que les autres font et refuser de travailler ?  
*Je sais qu’aucun pays ne peut se déveloper sans coopérer avec les autres pays ; je veux juste que mon cher pays (la Guinée) cesse d’être dépendant de (presque) tout. Qu’il y ait un équilibre entre ce qu’il importe et ce qu’il exporte.

 

cireass 

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cireass
Je suis Guinéen de nationalité et citoyen du monde. Je suis passionné de lecture, d'écriture et de NTIC. Welcome everybody !

6 réflexions au sujet de « Guinée : et si on devenait vraiment modernes ? »

  1. Une sévère (mais bien fondée) analyse des insuffisances de notre pays que je partage entièrement. Vous vous distinguez par la recherche d’arguments autre que l’actualité commentant des déclarations non lues, réagissant sur la base de l’émotion plutôt que la raison comme font la plupart des internautes guinéens.

    Cependant, ce billet aurait pu être scindé en 3 parties. Ce qui vous aurait permis de mieux approfondir chacune d’elle. Vous auriez alors pu révéler à vos lecteurs qu’en 2010 (des statistiques comparatives crédibles récentes sont rares), par exemple, que notre pays a dépensé moins de la moitié que la Guinée-Bissau pour la santé de ses habitants, $23 contre $47 (Source: http://www.statistiques-mondiales.com/sante.htm).

    En adoptant la Déclaration d’Abuja des Nations Unies en 2001, les dirigeants africains s’engageaient à accorder la priorité à la santé, en lui destinant au moins 15 pour cent du budget national. La Guinée n’alloue que 2 pour cent à ce secteur.

    Je m’arrête là, tout en vous encourageant à continuer.

  2. Cultures marginalisées, traditions assassinées: au Cameroun Thierno, cette phrase s’applique. Mon pays a aussi des insuffisances comme le tien. Cette analyse est vraiment pertinente. Au niveau de l’Afrique, pour moi, être moderne, c’est ammasser ce que les autres font, faire le tri, prendre l’essentiel et ajouter du sien. Et c’est ainsi que je me dis que l’Afrique pourra évoluer. Bonne et heureuse année 2014!

  3. c’est vraiment une plume pertinente c’est à dire l’analyse est époustouflante mon cher mais comme la dit doyen bah ci dessus tu aurais du scindé ce billet en 2 voir 3 tranches pour mettre en exergue tous les points qui tu as énuméré. c’est vraiment bien dit Grand cireass

  4. Merci à vous pour vos commentaires pertinents.

    Pour vous répondre sur [ce sujet aurait dû être traité en trois billets], je dirai que vous avez parfaitement raison. Ce qui m’a emmené à écrire un seul billet c’est le fait que j’ai un emploi de temps assez chargé ces derniers mois en plus des problèmes de delestages qui touchent la ville de Conakry :p
    Tout en espérant avoir réussi à faire passer mon message, je vous prie d’accepter ces trois sujets dans un même article.

  5. Je te remercie pour ta réponse. Cependant, je te rassurerai qu’un billet n’a pas besoin d’être long pour intéresser les lecteurs, surtout lorsque tu as déjà un bassin de lecteurs fidèles. Un blogueur doit se rappeler qu’au delà d’une certaine longueur, le lecteur se fatigue et perd d’intérêt.

    S’il te manque du temps, tu avais du matériel suffisant pour entretenir tes lecteurs avec trois articles « sexy » en publiant chacune des trois problématiques séparément sans rien y ajouter en l’espace de quelques jours. Après tout ce n’est pas le blogging qui nourrit le blogueur.

    Du courage!

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