En Guinée, quelque chose est (vraiment) en marche

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Dans deux semaines, le 11 octobre prochain, les Guinéens iront aux urnes pour élire celui qui dirigera leurs destinées au cours des cinq prochaines années. Comme dans la plupart des pays du monde, l’élection présidentielle est l’occasion de redessiner le paysage politique. Alliances inattendues, ruptures violentes, revirements spectaculaires, déclarations fracassantes, nous en avons connu par dizaines ces derniers mois.

Après plus d’un demi-siècle d’indépendance, la Guinée a enregistré sa première «élection libre et transparente» de son histoire en 2010, qui a abouti à la victoire du candidat de la coalition RPG Arc-en-ciel, Alpha Condé devenant le «premier président démocratiquement élu». Vu le retard que le pays a accumulé depuis son accession à la souveraineté nationale, les défis qui attendaient le [nouveau] président étaient immenses. Et naturellement, à la fin de son quinquennat, le gouvernement a l’obligation de présenter son bilan à la population en lui disant : voici ce que nous avons réussi à faire, voici ce que nous n’avons pas pu faire.

Sous le slogan «Le progrès en marche», les soutiens du président sortant et candidat à sa propre succession ne ratent pas l’occasion pour mettre sous les projecteurs les œuvres accomplies durant les cinq dernières années. Souvent à l’allure d’une propagande qui voudrait faire croire que la Guinée est passée, en seulement cinq ans, du statut de «champion du monde de la mauvaise gouvernance» au nouvel eldorado, où il n’y a que du bonheur à se partager. À chaque coin de rue de la capitale, Conakry, les affiches vantant la gestion «rigoureuse et exemplaire» du président Condé sont omniprésentes, au grand dam des autres candidats en course pour le fauteuil présidentiel.

La Guinée est l’un des pays où un scrutin présidentiel ou autre est capable de tout bouleverser : rapprocher des frères ennemis, précipiter le divorce entre alliés, brusque changement de discours. Le politicien guinéen est prêt à faire le tout et son contraire en l’espace de quelques jours, si son intérêt est en jeu !

Les propos récemment tenus par le leader de la Nouvelle génération pour la République (NGR) Ibrahima Abé Sylla, ancien candidat à la présidentielle de 2010 et nouvel allié d’Alpha Condé, sont illustratifs de cette bassesse de la classe politique de notre pays, capable de dire une chose un jour, et son contraire le lendemain. Selon ces propos, dévoilés par l’équipe de campagne du RPG Arc-en-ciel (parti au pouvoir) et relayés par plusieurs médias nationaux, « Même Angela Merkel, Sarkozy et Obama réunis n’auraient pas pu faire mieux qu’Alpha Condé en 5 ans ! » Une déclaration qui, aux yeux de nombreux internautes, dévoile le (vrai) visage de cet homme qui a fait l’essentiel de sa carrière aux États-Unis, avant de revenir dans son pays d’origine pour la conquête du pouvoir.

Dans ses propos, ce n’est pas son soutien au président sortant que je trouve anormal. Chaque citoyen est libre de soutenir celui qu’il estime bien placé pour amorcer le développement du pays, cela est un droit constitutionnel. Par contre, je trouve anormal que quelqu’un qui est susceptible de devenir un proche collaborateur d’Alpha Condé dans les années à venir au cas où ce dernier serait réélu à l’occasion de l’élection présidentielle s’exprime ainsi pour essayer de manipuler l’opinion publique. Je ne suis vraiment pas d’accord avec ceux qui voudraient faire croire à la population qu’en un quinquennat notre pays a décroché le soleil et la lune.

Certes, des actes ont été posés par le gouvernement sortant – ne pas le reconnaître serait de refuser l’évidence –, mais de là à prétendre que le monde entier réuni dans une seule équipe – Merkel, Sarkozy (pour reprendre M. Sylla) et Obama ne sont tout de même pas des petits dirigeants – ne pourrait faire autant me laisse perplexe. Cette comparaison “farfelue” m’a fait beaucoup réfléchir et m’a emmené à jeter un coup d’œil sur le bilan d’un président ouest-africain arrivé au pouvoir la même année que le locataire de Sékoutoureyah.

Puisqu’il est peu probable que Merkel, Sarkozy et Obama se retrouvent dans un même gouvernement, j’ai jugé nécessaire de comparer les œuvres du quinquennat d’Alpha Condé à celles d’Alassane Ouattara, à la tête de la Côte d’Ivoire depuis mai 2011. Mon intention n’est nullement de dire que tel bilan est positif, tel autre ne l’est pas. Je ne peux pas me prononcer à la place des citoyens. Donc, c’est au peuple de décider s’il faut continuer avec Alpha Condé ou opérer une alternance !

Dans le tableau ci-dessous, vous y trouverez une liste non exhaustive des réalisations de ces deux chefs d’État au cours de la période 2011-2015. Afin d’éviter toute prise de position en faveur d’un camp, j’ai demandé à un ami ivoirien de me citer quelques réalisations du président Ouattara. Côté guinéen, j’ai trouvé ces «quelques infrastructures réalisées par le président Alpha Condé en 5 ans», dressées par le service de communication du candidat Alpha Condé.
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Une fois encore je rappelle que cette liste de “différentes réalisations” des deux présidents est loin d’être exhaustive. Mais elle nous permet d’avoir une idée sur le bilan que chacun d’eux présente actuellement à ses concitoyens afin de décrocher la confiance populaire pour les cinq prochaines années, et de surcroît procéder à l’appréciation de ce que nous disent ceux qui assurent qu’il n’y a (presque) plus rien à faire pour pays par ce que le progrès est en marche, alors que le chemin est encore long.

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Surtout, il semble que comparaison n’est pas raison, hein !

Par cireass

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cireass
Je suis Guinéen de nationalité et citoyen du monde. Je suis passionné de lecture, d'écriture et de NTIC. Welcome everybody !

2 réflexions au sujet de « En Guinée, quelque chose est (vraiment) en marche »

  1. Certains ne vont jamais voir cette vérité. Et pourtant ils sont venus au même moment (surtout que l’autre pays a connu , une guerre civile). Bref , reconnaissons clairement , pour que le progrès soit en marche dans notre Guinée, un long chemin est à parcourir.

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