Comment expliquer l’engouement derrière le Sily national de Guinée ?

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Inutile de vous rappeler que l’événement sportif qui attire toutes les attentions actuellement ici c’est la coupe d’Afrique des nations (CAN) qui se joue depuis le 17 de ce mois du côté de la Guinée-équatoriale.

Après une campagne de qualification délocalisée à l’extérieur du pays (au Maroc) pour cause d’Ebola qui frappe la Guinée depuis fin 2013, le Sily National de Guinée s’est qualifié non pas sans humiliation lors de ses déplacements dans des pays qui voyaient toute une nation porteuse du virus Ebola. De quoi ‘séduire’ plus d’un de ses supporteurs…

Ce samedi 24 janvier 2015, les équipes du groupe D jouaient leur deuxième match de la phase de poule. Comme à la première journée, tous les matchs se sont soldés par de nuls (1-1) maintenant par ce fait le plus grand suspense de la 30e édition de la compétition continentale sur les deux formations qui poursuivront l’aventure en se qualifiant pour les quarts de finale. En dépit de ce statu quo qui perdure, le Sily National de Guinée bénéfice de ce qu’on peut qualifier du soutien jamais enregistré lors d’une compétition internationale.

Quels sont les contours de ce soutien spontané et inconditionnel à notre onze national ?

Il ne faut pas l’oublier. En Guinée, d’habitude les amateurs de ballon rond sont plus prêts à s’engueuler derrière Messi ou Cristiano Ronaldo que d’accorder le moindre intérêt à l’un des joueurs de l’équipe nationale. Mais aujourd’hui, c’est le contraire qui semble se produire. Du moins pour l’instant car si à ce stade de la compétition rien n’est perdu dans le groupe D, rien n’est encore gagné…et tout est possible lors de la dernière journée prévue pour mercredi prochain. Et cet appui pourrait tomber brutalement au cas où l’aventure s’arrêtait là. Espérons que la malédiction qui a longtemps caractérisé les confrontations avec le Mali soit terminée…

Puisque nous sommes dimanche et non mercredi, jour du prochain match, laissons le temps au temps et analysons l’engouement qui a accompagné les deux rencontres disputées.

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Sur les raisons qui pourraient expliquer ce grand engouement derrière le Sily, elles pourraient venir d’ailleurs loin même du football. Car l’équipe guinéenne de football de 2015 n’est pas plus performante que celles ayant disputé ses trois coupes d’Afrique des nations des dix dernières années (en 2006 en Égypte où la Guinée avait remporté ses trois matchs de poule avant d’être terrassée par le Sénégal, en 2008 au Ghana bien qu’elle fut lourdement battue en quarts de finale par la Côte d’Ivoire de Didier Drogba par le score de 5 buts à 0, ou près de nous en 2012 au Gabon quand elle fut éliminée au premier tour avec toutefois une écrasante victoire de 6 buts à 1 contre le Botswana).

L’équipe nationale, facteur d’unité nationale.

Ruinée par un repli identitaire qui a connu ces dernières année son paroxysme, la Guinée n’a plus que le sport (inévitablement le plus populaire, c’est-à-dire le football) pour retrouver son unité. Aujourd’hui le seul point sur lequel le Président Condé et ses opposants sont d’accord, c’est bien qu’il faut apporter un soutien inconditionnel aux joueurs du tricolore. Depuis l’annonce de la qualification, les politiques n’ont pas raté une occasion pour ‘féliciter’ les joueurs. Le leader de l’UFDG (union des forces démocratiques de Guinée) et chef de file de l’opposition guinéenne, s’est même offert un bain de foule après le nul face aux Éléphants de Côte d’Ivoire. Ce qu’aucun analyste politique n’a eu à relever jusqu’à présent, c’est que nous sommes à quelques mois de l’élection présidentielle. Et que les politiques espèrent qu’en se montrant comme étant le ‘supporteur numéro 1 du Sily national‘ qu’ils pourront recruter de nouveaux partisans. En effet, le leader qui ne manque pas de se féliciter de l’exploit de l’équipe nationale cultive l’image d’un homme d’État qui aime son pays… Cela peut s’avérer productif en cette année électorale. Sinon, les deux prestations de la Guinée ne sont pas aussi rassurantes que lors des éditions précédentes. La dernière fois qu’il a enregistré deux défaites consécutives en phase de poule d’une coupe d’Afrique des nations remonte à 1994 en Tunisie. C’était contre le Ghana et le Sénégal. Certes il a hérité cette année d’un groupe difficile, mais il ne faut pas se voiler la face : les Éléphants et les Lions indomptables de 2015 ne sont pas les mêmes qu’il y a quelques années, tout comme l’équipe du Sily national qui est en construction.

La discrimination dont la Guinée fait l’objet suite à l’apparition du virus Ebola

L’autre raison qui alimente cet engouement, c’est le virus Ebola. La Guinée, épicentre de l’épidémie, est le seul des trois pays sérieusement touchés présent en Guinée-équatoriale. Souvent discriminés et mal vus pendant ses déplacements pour la campagne de qualification, son billet de voyage a été pour ses compatriotes comme une revanche, une récompense divine.

A l’intérieur du pays, les Guinéens sont déchirés par des clivages ethniques instrumentalisés par des politiciens véreux. Mais une fois à l’extérieur, ces querelles disparaissent l’une après l’autre. Ce qui fait que maintenant en ce qui concerne le Sily national, on ne voit que la Nation. C’est en quelque sorte la règle : quand les autres nous haïssent, nous devons nous unir qui s’applique. La sélection nationale jouit plus d’une fibre patriotique que de l’adhésion à un style de jeu.

Les réseaux sociaux, notamment Facebook

La dernière raison qui pourrait expliquer cet appui, ce sont les réseaux ; précisément la tendance selfie. Oubliez la période où Internet représentait un luxe pour les Guinéens. De nos jours, en dépit du problème récurrent d’électricité, la plupart des personnes de la tranche 15-30 ans dispose d’un compte sur Facebook. Et la tendance du moment, c’est de poster un selfie de soi avec un dérivé du Sily (maillot, bracelet, bonnet, etc.) sur Facebook, Instagram ou Twitter. Ces milliers de photos donnent l’image d’une équipe soutenue par tout un peuple.


En clair, la Guinée n’est pas entrain de livrer sa belle coupe d’Afrique de nations de l’histoire – comme d’ailleurs tous les autres participants n’en font pas – mais certainement la plus belle union derrière son équipe nationale de football.

Quelque soit l’issue du match contre le Mali, notre participation à cette compétition restera comme le début du plus beau réveil patriotique à l’endroit du football guinéen.

Vive le Sily national, découragement n’est pas guinéen.
Allez gbin gbin so.

Par cireass

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cireass
Je suis Guinéen de nationalité et citoyen du monde. Je suis passionné de lecture, d'écriture et de NTIC. Welcome everybody !

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