Affaire des 10 milliards de FCFA saisis par la douane sénégalaise : pourquoi les explications de Conakry ne convainquent pas

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Photo d'illustration

L’affaire des 10 milliards de FCFA saisis par la douane sénégalaise se serait passée inaperçue en Guinée n’eût été la loyauté des douaniers et le professionnalisme des médias sénégalais. Début août, le 8 précisément,  un aéronef  en provenance de Conakry se pose sur l’Aéroport International Léopold Sedar Senghor de Dakar, avec un bagage d’une grande valeur : des devises étrangères (euro et dollar américain) estimées au début à 4 milliards de Francs CFA, avant d’être rallongées à 10 milliards de Francs CFA (soit plus de 110 milliards de Francs guinéens). 

L’argent devait être embarqué à bord d’un avion de ligne de la compagnie Emirates à destination de Dubaï où il servirait à « l’approvisionnement des comptes de correspondants pour couvrir les opérations de transfert des banques primaires», se justifie -t-on à la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG). Le  problème ? La cargaison n’était déclarée ni à l’entrée ni à la sortie du territoire sénégalais ; ce qui va naturellement attirer l’attention des autorités sénégalaises, qui mènent une lutte sans merci contre le détournement de fonds publics et le blanchiment d’argent.. Après avoir reçu confirmation de paternité de la part de Conakry et pour éviter une « crise diplomatique» entre les deux « pays frères », le Sénégal libère le colis. Bienvenue les spéculations…

Depuis la révélation de cette affaire par Le Quotidien, Conakry souffle le chaud et le froid.  Durant tout le week-end dernier, les autorités guinéennes par la voix de Louceny Nabé, le gouverneur de la BCRG, ont tenté de contrôler cette situation  qui semble bien partie pour échapper à leur contrôle.

En effet, pour justifier ce transbordement, M. Nabé explique que les devises interceptées par la douane sénégalaise n’appartiennent à aucune autorité politique ou administrative, et que le colis est une propriété de la Banque Centrale de la République de Guinée. Que son voyage vers Dubaï est le fait que c’est là-bas que l’avion de la compagnie Emirates va faire escale avant de rejoindre New York, à City Bank où le précieux voyageur serait attendu…

Des questions qui restent sans réponses

Beaucoup de bruit autour de cette affaire, mais les vraies  questions n’ont toujours pas de réponses. Pendant que la technologie connaît  son essor, difficile de comprendre la démarche des autorités guinéennes. Pour quelle raison embarquer dans un avion de ligne une somme aussi faramineuse pour un pays pauvre, à la merci des épidémies (comme Ebola), alors que de nombreuses banques internationales y évoluent, sachant qu’un simple virement  bancaire aurait tout réglé ; et en toute sécurité ? Au cas où cet avion aurait crashé, quelle serait la ligne à suivre pour se justifier auprès du peuple de Guinée ?
On dit que ce transfert n’a rien à voir avec les autorités politiques ou administratives, l’administration étant centralisée, difficile de me convaincre que Sekoutoureyah n’était pas au courant.
Si c’est vrai que tout devrait se dérouler dans la transparence, pourquoi alors n’a-t-on pas informé les autorités sénégalaises de la venue de l’aéronef ? Ce sont là quelques-unes de multiples questions que nos gouvernants doivent répondre. Sinon, #BringBackOurMoney ou #RendezNousNotreArgent !

Pourquoi les explications de Conakry ne convainquent pas

En 2010 lorsque le candidat Alpha Condé se battait pour remporter les élections présidentielles, il s’était engagé à mettre fin au détournement de fonds publics et à la corruption qui gangrenait l’administration si on lui portait confiance. Une promesse que la majorité de Guinéens ont crue. C’est ce qui l’a porté à la tête du pays. Mais une fois élu, le Président Alpha Condé s’entoure des caciques du régime de Lansana Conté. Conséquence immédiate : il  ne réussira pas à appliquer sa promesse. Son régime sera plusieurs fois éclaboussé par des scandales financiers ou de corruption.

Depuis l’avènement du Président Alpha Condé au pouvoir, plus d’1 milliard de dollars américain a été utilisé dans des conditions qui restent à élucider… Les scandales, en dollars américains, qui sont désormais ancrés dans la mémoire collective sont entre autres : 700 millions versés par Rio Tinto en 2011, 25 millions par une société sub-africaine du nom de Palladino, 26 millions versés par la société de téléphonie MTN-Areeba, un prêt angolais de150 millions, 400 millions injectés dans les caisses d’Électricité de Guinée pour mettre fin à l’obscurité dans la ville de Conakry, en attendant l’arrivée du courant électrique du barrage de Kaléta, en construction.

Et, c’est sans oublier les tentatives de détournements que l’on a répertoriés au cours des quatre dernières années, dont certains ont coûté la vie à des cadres intègres du pays comme la regrettée Mme Aissatou Boiro

Avec toutes ces affaires non-élucidées, vous vous demandez encore comment 20 millions $ ont pu prendre un avion à destination de Dubaï New York ?

Par cireass
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cireass
Je suis Guinéen de nationalité et citoyen du monde. Je suis passionné de lecture, d'écriture et de NTIC. Welcome everybody !

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